LIVRE IX, CHAPITRE XI. S
et mis en fuite, après avoir perdu un grand nombre des leurs, les Transalbains rentrèrent chez eux dans un état déplorable *. L'année suivante, le roi envoya son fils Charles vers l'Elbe avec une partie de l'armée, pour y régler, dit Éginhard, certaines affaires avec les Wiltzes et les Abodrites, et pour recevoir la soumission de quelques habitants du nord de la Saxe *. XI. — En 802, une nouvelle expédition fui lancée contre les Saxons transalbains, pendant que Charlemagne se livrait au plaisir de la chasse en Ardenne '. Nous le trouvons l'année suivante à Selz, près de la Sâle ^, où, si l'on en croit un auteur contemporain, il avait convoqué les Saxons de l'Elbe à une assemblée générale. Il aurait enfin reconnu la nécessité de s'entendre avec eux et de mettre un terme à cette guerre qui durait déjà depuis trop longtemps ^. Cette tentative de conciliation, si tant est qu'elle ait eu lieu, n'obtint aucun succès. Charlemagne savait d'ailleurs que les Danois, voisins et amis des Saxons transalbains, faisaient de sérieux préparatifs de guerre ; il avait lieu de craindre que la coalition qui existait depuis longtemps entre les deux peuples ne •
* Fusi igitur fugatique, et multis suorum amissis, cum magna calamitate ad loca sua reversi sunt. (Ëinh., Annales, 798.)
' Misit interea Karlum filium suum ad Albim cum parte exercitus propter quœdam negotia cum Wilcis et Abodritis disponenda, et quosdam Saxones de Nordliudis recipiendos. (Einh., Annales, 799.)
^ Imperator sestatis tempore in Arduenna yenatibus indulgens misso Saxonum exercitu, Transalbianos Saxones vastavit. (Ëinh., Ann,, 802.)
* Ibidem, ann. 803.
* Poeta Saxo^ sub ann. 803.
devint un jour dangereuse. Afin de prévenir les effets de cette alliance il eut recours à un moyen extrême, l'exportation d'une partie des habitants et leur remplacement par une population de race slavonne.
Depuis longtemps il avait fait des essais de cet expédient, sous prétexte de se faire délivrer des otages. Déjà en 794 et 795, les chroniques s'expriment dans des termes qui permettent de constater que ces otages n'étaient pas en petit nombre * ; elles vont même jusqu'à parler d'un tiers de la population mâle ^. Les annales de Santen rapportent, sous la date de 797, que Charlemagne établit beaucoup de Francs en Saxe et qu'il exporta de ce pays le tiers des hommes avec leurs femmes et leurs enfants ^. D'autres chroniques citent des faits analogues, aux années 798 et 799 *. Mais ce fut dans le courant de l'été de 804 que le grand coup fut porté.
L'empereur se mit lui-même à la tête de l'armée et la conduisit en Saxe. Arrivé au bord de l'Elbe, il s'y
^ Non modicam quantitatem nobilium atque ignobilium gentîs illius secum adduxit. (Ànn. MoselL, 794^ Tantam multitudinem obsidum inde tulit, quantam nunquam in diebus suis aut in diebus patris sui aut in diebus regum Franchorum inde aliquando tulerunt. {Annales Lauresh,^ 795.)
* Tertinm de eis hominem in Franciam educens. {Ann,Laur, mm.,79i.) Accepit eorum tertiam partem in obsidionem generis masculini. [Ann* Xant,, 795.)
* Carolus in Saxoniam Francos coUocat, Saxones inde educens cum uxoribus et liberis, id est tertium hominem. (Ann. Xant., 797.)
* Homines capitaneos 4600 inde adduxit. [Ann, S. Amandi, 798.) Et (l. rex inde tulit multitudinem Saxanorum cum mulieribus et infantibus et coliocai^it eos per diversas terras in finibus suis. {Ann, Lauresh., 799.)