LIVRE IX, CHAPITRE XIV
date que d'hier; si les apôtres, instruits parle Christ lui-même, et envoyés par tout l'univers avec mission de prêcher, ont jamais exigé cet impôt de la dîme. Nous savons bien que la dîme de tout revenu est une excellente chose ; mais il vaut mieux la perdre que de perdre la foi. Nous qui sommes nés, élevés, instruits dans la foi catholique, nous avons une peine infinie à payer intégralement la dîme de nos biens ; à combien plus forte raison une foi tendre, un cœur enfant, un caractère parcimonieux et avare *! »
Cette lettre, écrite par un prêtre en faveur d'un peuple que le poids de la dîme écrasait, lève un coin du rideau qui couvre à nos yeux les misères du temps. Il paraît que les trente-trois années de guerre qui furent employées à soumettre les Saxons avaient été aussi désastreuses pour les vainqueurs que pour les vaincus. La population avait été plus d'une fois éprouvée par la famine et les maladies épidémiques. Suivant la chronique de St-Gall, il y eut, notamment en 779, dans le royaume des Francs, une famine affreuse et une grande mortalité ^. Charlemagne, qui semble en avoir été vivement impressionné, publia, sous le titre de Decretale precum, un acte qui peint l'homme et son époque. En voici la traduction libre :
a Chaque évêque chantera trois messes et trois psaumes, pour le roi, pour l'armée et pour la pré-
> Alcuin., Epistol., ap. Bouquet, t. V.
2 Tom. III, And. Duchesnii, p. 466.
tkO HISTOIRE DBS FRANCS DAUSTRASIB.
sente affliction. Les prêtres chanteront aussi chacun trois messes; les moines et les chanoines, chacun trois psaumes. Les évêques, les moines, les nonnes et les chanoines feront en outre un jeûne de deux jours, de même que leurs hommes casati et les hommes puissants. Chaque évêque, abbé ou abbesse qui pourra le faire, donnera une livre d'argent ou son équivalent en aumône; les médiocres, une demi livre, et les moindres, cinq sous. Chaque évêque, abbé ou abbesse devra nourrir quatre pauvres faméliques jusqu'au temps des moissons; ceux qui ne pourront pas le faire, n'en nourriront que trois, deux, ou un, selon leurs moyens. Les plus riches des comtes donneront en aumône une livre d'argent ou l'équivalent; les autres une demi livre. Les vassaux aussi donneront, pour deux cents cases, une demi livre ; pour cent cases, cinq sous; pour cinquante ou trente, une once. Ils observeront le jeûne pendant deux jours, de même que les habitants de leurs cases et tous ceux qui pourront le faire. S'il en est parmi les comtes qui veuillent racheter ces jeûnes, ils payeront, selon leur fortune, trois onces, une once et demi, ou au moins un sou. Tout cela, s'il platt à Dieu, sera accompli, pour le roi, l'armée des Francs et les calamités actuelles, avant la fête de saint Jean ^ »
Cet acte peut s'ajouter à tant d'autres de même
1 Baluz., L 1, col. 499.