LIVRE iX, CHAPITRE XV. Hl
espèce, pour montrer quelle espèce de christianisme on enseignait aux peuples convertis.
XV. — En s'associant aux expéditions guerrières de Charlemagne, les Francs étaient devenus les instruments de sa politique envahissante et de celle de l'Église romaine. Or, quand vint le jour de la vengeance, leur pays fut envahi à son tour par des peuples nés pour être leurs amis, leurs alliés naturels, et qui étaient devenus d'implacables ennemis. Nous voulons parler des Saxons du nord et des Danois. Les expéditions des Francs sur les rives de l'Elbe et leur alliance avec les Slaves furent les premières causes de ce que dans l'histoire on appelle les invasions des Normans. Déjà, en 800, nous voyons Charlemagne visiter avec inquiétude les côtes de l'Océan gallique. Il établit, dit Éginhard, une flotte dans ces parages que les Normans infestaient de leurs pirateries et disposa des garnisons sur la côte ^. Mais ce qui n'était d'abord que piraterie, désir d'aventures et de lucre, se transforma bientôt en hostilités manifestes. Lorsque Cliarlemagne fit enlever la population saxonne des rives de l'Elbe et donna ses terres aux Abodrites, le roi des Danois, Godefrid, s'était rapproché du lieu de la scène : « Il vint, dit Éginhard, avec sa flotte et toutes les forces de son royaume à l'endroit appelé Sliestorp (aujourd'hui
* Rex Aquisgrani digressus litus Oocani Gallici perlustravit, et in ipso mari, quod tune peratis Nordmannicis infestum erat, classem instituit, prseiidia disposait. (Einh., Annales, 800.)
î»î HISTOIRE DES FRANCS D'AUSTRASIE.
Schleswig), sur les confins de ses États et de la Saxe ^. » Charlemagne lui envoya une députation pour réclamer les transfuges et aussi, paraît-il, pour l'inviter à une entrevue. Godefrid pensa probablement que c'était un piège qu'on lui tendait; il ne voulut pas s'y laisser prendre.
Ces symptômes d'hostilités n'eurent pafe d'autre suite pour le moment; mais, en 808, Godefrid entra avec une armée sur le territoire des Abodrites, chassa leur duc Thrasicon, fit pendre un autre de leurs ducs, nommé Godelaïb, et rendit tributaires les deux tiers de la nation. Avant de se retirer, il détruisit le port de Roric, et puis il fit entourer d'un retranchement toute la frontière de son royaume, du côté des Saxons ; de telle sorte qu'à partir du bras de mer oriental, appelé Ostsee jusqu'à l'Océan occidental, toute la rive nord de l'Eider se trouva garnie d'une enceinte. Ce n'étaient là que les préparatifs d'une guerre qui devait avoir des suites funestes pour la Gaule franque.
Quand le roi Godefrid crut avoir mis son territoire h l'abri d'une invasion des Francs, il^Yésolut d'aller les attaquer par mer : car les Danois ou Normans n'attendirent pas que l'empire fût tombé en décomposition pour l'attaquer; ils commencèrent à le battre en brèche lorsqu'il était encore dans toute sa force .et sa splendeur. Charlemagne se disposait à faire une
1 Einh., Annales, 804.