‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 123 sur 200 · LIVRE IX, CBAPITRE XVI. Wâ · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CBAPITRE XVI. Wâ

campagne contre eux, en 810, lorsqu'il apprit que Godefrid était venu en Frise avec une flotte de deux cents vaisseaux, et qu'il avait ravagé toutes les îles du littoral. Son armée s'était même avancée sur le continent ; elle avait livré aux Frisons trois combats ; les vainqueurs avaient imposé un tribut aux vaincus, et déjà les Frisons avaient, comme tributaires, payé cent livres d'argent ^.

XVI. — Tel fut le premier acte de cette guerre de représailles qui dura pendant près d'un siècle et qui jeta la désolation jusque dans les contrées méridionales de la Gaule. C'est au cœur même de l'empire que les Normans voulaient porter la terreur; ils se disposaient à marcher sur Aix-la-Chapelle : « Le roi Godefrid, dit Éginhard, allait jusqu'à se promettre l'empire de toute la Germanie ; il regardait la Frise et la Saxe comme des provinces qui lui appartenaient ^. Déjà, après avoir soumis les Abodrites, ses voisins, il les avait rendus ses tributaires, et il disait même hautement qu'Aix-la-Chapelle, où le roi tenait sa cour, le verrait bientôt arriver avec une

' Imperator vero Aquisgrani adhuc agens et contra Godofridum regem expeditionem meditans, nuntium accepit, classem ducentarum navium de Mordmannia Frisiam appulisse, totasque Frisiaco litori adjacentes insulas esse vastatas, jamque exercitum illum in contenenti esse, ternaque praelia cum Frisionibus commisisse, Danosque victores tributum yictis impo* suisse, et yectigalis nomine centum libras argenti a Frisionibus jam esse solutas. (Einh., Annales, 810.)

s Quorum rex Godefridus adeo vana spe inflatus erat, ut sibi totius Germanise promitteret potestatem ; Frisiam quoque atque Saxoniam haud aliter atque suas provincias estimabat. (Einh., Vita Karoli imp,, c. 14.)

armée formidable. « Quelques vaines que fussent ces menaces» ajoute le même auteur, on n*était pas entièrement éloigné d*y croire, et Ton pensait même qu'il aurait tenté quelque chose de semblable, s'il n'eût été prévenu par une mort prématurée. Il fut assassiné par un de ses propres soldats, et cet événement termina tout à la fois sa vie et la guerre qu'il avait commencée ^. »

On sait combien ces dernières paroles d'Éginhard sont inexactes. La mort de Godefrid et les querelles qui s'élevèrent pour le partage de ses États retardèrent assez longtemps les grandes incursions des peuples du Nord; mais elles n'en furent que plus formidables, et, ce qui est significatif, les habitants de la Frise et du littoral saxon, c'est-à-dire de la Flandre, s'y associèrent en grand nombre. Ils aidèrent les Normans à détruire les établissements monastiques, à chasser ces communautés de célibataires oisifs, qui avaient servi à introduire dans leur patrie un ordre social étranger à leurs mœurs, un régime politique destructif de leurs institutions et de la société primitive des Germains.

Le moine de Saint-Gall raconte que Charlemagne s'élant arrêté dans un château de la Gaule narbon-

1 Jam Abadritos, yieinos suos, in suam ditionem Fodegerat, jam cos sibi "vecti^les-fecerat. Jactabat etiain se brevi Aqaisgrani, ubi régis camitatus erat, cum maximis copiis adventurum ; nec dictis ejus, quamvis vaoissimis, omnino fides abnuerat, quin potius putaretur talc aliquid inchoaturas, nisi festinata fuisset morte prœventus. Nam a proprio satellite interfcctus, et suœ vitœ et belli a se inchoati flnem acceleravit. (Fim Kar.y c. U.)

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