LIVRE IX, CHAPITRE XVI
naise, sur le bord de la mer, des barques Scandinaves vinrent jusque dans le port voisin, et les hommes qui les montaient se mirent à piller. Des fidèles qui entouraient le roi les uns disaient que c'étaient des marchands juifs africains, d'autres prétendaient reconnaître des Bretons; mais Charles dit: « Ce ne sont pas là des marchands, ce sont de cruels ennemis. )^ Il ordonna de les poursuivre. Puis, s'étant mis à une fenêtre qui regardait l'Orient, il y resta longtemps immobile, muet, le visage inondé de larmes. Comme ,on craignait de l'interroger, il reprit : « Savez-vous, mes fidèles, pourquoi je pleure amèrement? Certes, je ne crains pas que ces hommes me nuisent par leurs misérables pirateries ; mais je me sens profondément affligé de ce que, moi vivant, ils osent toucher ce rivage, et j'éprouve la plus grande douleur, quand je songe aux maux dont ces audacieux agresseurs menacent mes descendants et leurs peuples *. »
Vraie ou fausse, cette anecdote présente d'une manière saisissante un fait incontestable : c'est que les représailles commençaient. Les Normans allaient venger les Saxons, et dans leur rage ils devaient confondre les Francs et les Gaulois, le peuple dont l'aristocratie ecclésiastique avait fomenté toutes ces guerres, et celui qui avait servi d'instrument aux persécutions de l'Église.
* Monach. SangalL, i.