‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 129 sur 200 · LIVRE X, Cn.VPITHE III · texte numérisé non relu

LIVRE X, Cn.VPITHE III

pas absolument cette prétendue science, puisqu'il en donne la définition suivante dans un de ses ouvrages : « C'est l'étude des astres, de leur nature, de leur puissance, ainsi que la connaissance de la révolution du ciel ^ »

III. — Il est une chose qu'Alcuin enseigna avec succès à Charlemagne, et qui n'est pas sans valeur : c'est la sobriété. On trouvera sans doute assez étrange que ce soit à propos de rhétorique qu'Alcuin eut l'occasion de recommander la pratique de cette vertu à son élève. Charlemagne lui ayant demandé s'il y avait des règles pour se donner de la mémoire ou pour la rendre meilleure : « Nous n'avons d'autre règle, répondit-il, que l'exercice de la parole, l'habitude d'écrire et l'énergie constante de la pensée. Il faut éviter l'ivresse qui nuit beaucoup à toute espèce de travail intérieur et qui enlève la santé du corps avec la pleine fraîcheur de l'esprit*. » Charlemagne eut le bon sens de suivre ce conseil : « Sa sobriété, dit Éginhard, lui faisait éviter tous les excès de table, surtout ceux de la boisson ; car il détestait l'ivrognerie dans quelque homme que ce fût et à plMs forte raison pour lui-même et les siens 5. »

Cette particularité est d'autant plus remarquable qu0, quoiqu'on dise Heinrich^ , l'ivrognerie était un

> Alcuin, par M. Monnier.

* Ibidem,

* Einh., Vita Karoli imp,, c. 29.

< Beichsgeschichte^ 1. 1, p. 69,

penchant national chez les peuples d'origine germanique. Diodore de Sicile, parlant des habitants de la Gaule septentrionale, s'exprime ainsi : « Aimant jusqu'à l'excès le vin que les marchands leur apportent sans mélange, ils en boivent si avidement que, devenus ivres, ils tombent dans un profond sommeil ^ » Tacite dit qu'il n'est pas extraordinaire de voir les Germains passer le jour et la nuit à boire, et qu'il en résulte souvent des rixes, des violences, des scènes de carnage et de mort *. On trouve dans les capitulaires de nombreuses dispositions nécessitées par la fréquence de ce vice grossier :

« Il faut défendre absolument à tous le mal de l'ivrognerie ^ ;

» Que personne parmi les prêtres ne cultive le vice de l'ivrognerie ou n'engage les autres à s'enivrer ^ ;

• * Bibliothèque historique de [Diodore de Sicile, liv. V, ch. 26. Dans ce chapitre il n'est question que des Gaulois et de la Gaule ; mais Diodore confond évidemment en une seule nation les Gaulois et les Germains qu'il ne nomme même pas. Ce qui le prouve, c'est sa description du pays : « Les vents du couchant d'été et ceux du nord y soufflent habituellement avec tant de violence et de force qu'ils soulèvent de terre et emportent des pierres grosses comme le poing et une épaisse poussière de gravier. Enfin de violents tourbillons arrachent aux hommes leurs armes et leurs vêtements, et enlèvent les cavaliers de leurs chevaux. L'excès du froid altère tellement le climat, que la vigne et l'olivier n'y croissent pas. C'est pourquoi les Gaulois, privés de ces fruits, font avec de l'orge une boisson appelée zythos (probablement de la bière). »

* De moribus Germanorum, c. 22.

* Cap. tert, ann, 789, c. 10; ap. Baluz., 1. 1, col. 244. < Cap, episc, ann, 80^1, c. 14; ap. Baluz., 1. 1, col. 360.

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