‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 133 sur 200 · LIVRE X, CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE VU

unes des sciences professées autrefois par les écoles civiles, la rhétorique, la dialectique, la grammaire, la géométrie, l'astrologie, etc.; mais évidemment elles ne sont plus enseignées que dans leurs rapports avec la théologie. Celle-ci est le fond de renseignement : tout se tourne en commentaire des livres sacrés, commentaire historique, philosophique, allégorique, moral. On ne veut former que des clercs; toutes les études, quelque soit leur objet, se dirigent vers ce résultat.

» Quelquefois même on va plus loin : on repousse les sciences profanes en elles-mêmes, quelqu'en puisse être remploi. A la fin du sixième siècle, saint Dizier, évéque de Vienne, enseignait la grammaire dans son école cathédrale. Saint Grégoire le Grand l'en blâme vivement. Il ne faut pas, lui écrit-il, qu'une bouche consacrée aux louanges de Dieu s'ouvre pour celles de Jupiter. Je ne sais trop ce que les louanges de Dieu ou de Jupiter pouvaient avoir à démêler avec la grammaire ; mais ce qui est évident, c'est le décri/des études profanes, même cultivées par des clercs.

» Le même fait éclate, et plus hautement encore, dans la littérature écrite. Plus de méditations philosophiques, plus de jurisprudence savante, plus de critique littéraire; sauf quelques chroniques et quelques poèmes de circonstance, il ne nous est resté de ce temps que des ouvrages religieux. L'activité intellectuelle n'y apparaît que sous cette

t73 niSTOlRE DES FRANCS D*AUSTRASIE.

form«, ne se déploie que dans cette direction.

» Une révolution plus inoportante encore, et moins aperçue, s'y manireste : non-seulement la littérature devient toute religieuse ; mais même religieuse, elle cesse d'être littéraire ; il n'y a plus de littérature proprement dite ^.. »

Cette histoire de l'enseignement est précieuse ; elle peut se résumer en deux mots : « Le clergé s'en empare et le tue. » L'ignorance était la base sur laquelle il voulait élever son édifice. Évidemment l'esprit druidique était revenu, sous la forme cbrétienne ; il triomphait de nouveau. Nous avons donc encore ici un mensonge historique h enregistrer : il n'est point vrai, quoiqu'on l'enseigne partout, que les couvents sauvèrent la civilisation, et que la culture de rintelligence y trouva un abri. Le boa et honnête Chateaubriand avait donc été induit en erreur avec tous ceux qui ont reçu ce qu'on appelle une éducation chrétienne, lorsqu'il écrivait ces lignes : « Les grandes découvertes dont l'Europe se vante, n'auraient pu avoir lieu dans la société barbare sans l'inviolabilité et le loisir du clottre ; les livres et les langues de l'antiquité ne nous auraient point été transmis, et la chaîne qui lie le passé au présent eut été brisée. L'astronomie, l'arithmétique, la géoinétrie, le droit civil, la physique et la médecine, l'étude des auteurs profanes, la grammaire et tes

1 Guixot, HUtoire de la civilisatian en Franu, \^ leçon.

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