LIVRE X, CHAPITRE Vlll. Î7fi
« Charles, avec l'aide de Dieu, etc..., à Baugulf, abbé, et à toute la congrégation... salut.
9 Que votre dévotion agréable à Dieu le sache : de concert avec nos fidèles, nous avons jugé utile que dans les évéchés et dans les monastères, confiés par la faveur du Christ h notre gouvernement, on prît soin non-seulement de vivre d'une manière régulière^ et conforme à la sainte religion, mais encore d'étudier sérieusement les lettres, les enseigner, et les apprendre chacun selon sa capacité et selon les secours de Dieu..., afin que la règle religieuse, amenant avec elle l'honnêteté des mœurs, le zèle pour enseigner et pour apprendre, donnât aussi de la régularité et de la beauté au langage. Que ceux qui désirent plaire à Dieu en bien vivant, cherchent aussi à lui plaire en bien parlant ; car il est écrit : C'est sur les paroles que tu seras justifié ou condamné ^. Quoiqu'il soit mieux de bien faire que de savoir, cependant il faut savoir avant de faire. Chacun doit donc com- 'prendre ce qu'il veut faire, et l'âme comprend d'autant mieux ce qu'elle veut faire, que la langue trop rapide ne va pas exprimant des mensonges. Et si tous les hommes doivent éviter les mensonges, combien doivent s'en abstenir, autant que possible, ceux qui sont choisis spécialement pour être les serviteurs de la vérité.
« Or, dans ces dernières années, plusieurs monas-
» s. Math., cXII, V. 37.
tères nous ayant adressé des écrits, dans lesquels on nous annonçait que les frères priaient pour nous dans les saintes cérémonies..., nous avons remarqué que dans la plupart de ces écrits, les sentiments étaient bons et les paroles incultes; car ce qu'une pieuse dé** votion inspirait bien au dedans, une langue mal habile, et qu'on avait négligé d'instruire, ne pouvait l'exprimer sans faute au dehors. Nous avons alors commencé à craindre que de même qu'il y avait peu d'habileté à écrire, de même l'intelligence des saintes Écritures ne fût beaucoup moindre qu'elle ne devait être ; et nous savons tous très-bien que, si les erreurs de mots sont souvent dangereuses, les erreurs d'idées le sont bien davantage. Donc nous vous exhortons non-seulement à ne pas négliger l'étude des lettres, mais à les cultiver..., pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des saintes Écritures. Gomme il y a dans les saintes Écritures des allégories, des tropes, et autres choses semblables, chacun comprendra, sans aucun doute, le sens spirituel d'autant plus vite qu'il sera mieux instruit dans la science des lettres.
» Qu'on choisisse pour cette œuvre des hommes qui aient la volonté et la possibilité d'apprendre, et le désir d'instruire les autres ; qu'on apporte à ce soin autant d'attention que nous mettons nous-mêmes d'intérêt à le prescrire. Notre souhait est que vous soyez ce que doivent être des soldats de l'Église, religieux de cœur, savants dans votre langage ,