‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 141 sur 200 · LIVRE X, CHAPITRE X. Î · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE X. Î

coQcile de Nicée avait été mal comprise ; c'était la faute du traducteur des actes de ce concile ; Charlemagne avait lu avec autant d'étonnement que d'indignation cette formule : « Je reçois et j'honore les )) images, et je leur rends la même adoration que je » rends à la Sainte Trinité. » Il avait pensé que la haine pour les Iconoclastes avait jeté les Pères de Nicée dans l'idolâtrie. C'était une erreur qui s'expliquait par l'inexactitude de la traduction. L'original grec portait : « Je reçois et j'honore les saintes imaj> ges ; mais je ne rends qu'à la seule Trinité Fadora- » tion de latrie. »

Charlemagne feignit de croire à cette explication ; on convint qu'il y avait eu malentendu, et la paix fut rétablie entre l'empereur et le pape, comme elle l'était déjà entre les Églises grecque et romaine. Il ne manquait plus, pour fonder la puissance spirituelle du pape en Orient comme en Occident, que de réunir dans les mains de Charlemagne les rênes des deux empires. C'est ce que voulut faire Léon III, en négociant le mariage de l'empereur des Francs avec l'impératrice des Grecs. Charles était veuf de sa cinquième femme ; Irène était depuis longtemps veuve et libre. Elle n'avait plus d'enfant, depuis qu'elle avait immolé son fils unique à son ambition et au maintien de son autorité. En la mariant à Charlemagne, on pouvait prévoir qu'après sa mort l'empire d'Orient passerait avec l'empire d'Occident, par droit héréditaire, dans la famille carolingienne.

Le pape Léon crut sans doute que par ce moyen, il s'assurerait Texercice de Tautorité spirituelle dans les deux empires. Il fallait pour soumettre les Grecs à cette autorité, Fappui d*un bras séculier fortement armé. Ce n'est pas qu'ils manquassent de foi, les Grecs; ils étaient même assez crédules; mais ils* avaient la manie de disputer sur toutes choses, même sur les dogmes les moins accessibles à l'intelligence. Ainsi, par exemple, la procession du Saint-Esprit les occupa pendant de longues années et fut en définitive une des causes du grand schisme d'Orient. Le Saint-Esprit procède-t-il du Père seulement, ou du Père et du Fils à la fois?voilà la question. Elle fut discutée gravement dans plusieurs conciles, notamment dans celui qui fut tenu à Gentilly sous Pépin le Bref et auquel assistèrent des ambassadeurs de l'empereur d'Orient, Constantin Capronyme. L'Église des Gaules, qui était pour la seconde hypothèse, avait ajouté le mot Filioque au symbole de Constantinople. C'était aux yeux des Grecs un immense grief; peu s'en fallut que ce Filioque ne mît le feu à l'Europe. Le pape fut obligé, pour calmer les esprits, de faire graver le symbole, sans l'addition du mot fatal, sur deux grands écussons d'argent, en latin sur l'un, en grec sur l'autre, et de faire suspendre ces écussons à droite et à gauche du tombeau de saint Pierre ^

* Gaillard, Histoire de Charlemagne, t. Hl, p. 64.

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