‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 142 sur 200 · LIVRE X, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE XI

Léon III voulut prévenir le retour de pareils dangers et assurer l'unité des croyances dans les deux empires, en les plaçant Tun et l'autre sous le sceptre de fer d'un prince franc. Le projet était magnifique, grandiose et bien fait pour tenter l'ambition de Charlemagne. Aussi a-i-on des raisons de croire que le vieil empereur ne le repoussa pas absolument. Peutêtre aurait-il consenti à s'unir en sixièmes noces à cette femme qui avait empoisonné son mari et assassiné son fils : mais une conspiration ourdie à Constantinople l'empêcha de contracter cette alliance monstrueuse. Irène fut détrônée et jetée dans un couvent, où elle ne survécut pas longtemps à son malheur. Après cette catastrophe, il ne fut plus question d'unir l'Orient à l'Occident, et Charlemagne dut se contenter de l'empire fondé par les armes des Francs.

XI. — Dans toutes les grandes affaires dont Charlemagne s'est occupé, l'on voit les questions religieuses mêlées aux questions politiques, les intéréto du ciel confondus avec ceux de la terre. L'histoire de la guerre d'Espagne est inséparable de celle de Yadoptianisme. Les auteurs de cetle hérésie étaient Elipand, archevêque de Tolède, et Félix, évêque d'Urgel. Suivant la doctrine de l'Église, le Christ, considéré dans sa divinité, est fils de Dieu ; considéré dans son humanité, il est encore fils de Dieu. Les deux évêques espagnols voulaient qu'il y eût entre les deux natures une différence : ils admettaient que

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dans sa divinité le Christ fût pleinement et entièrement fils de Dieu ; mais ils prétendaient que, comme homme, il n*était que son fils adoptif. La hardiesse de cette proposition souleva des orages dans le monde chrétien. Charlemagne, qui se croyait oWigé de veiller à la pureté de la foi, fit amener Félix en son palais de Ratisbonne. Il convoqua un concile dans lequel Tévéque espagnol dut comparaître. L'affaire de Félix lui tenait tant à cœur, qu*il séjourna une année entière à Ratisbonne, en 792, pendant que la question se jugeait. Le concile de Ratisbonne déclara Félix d'Urgel convaincu d'erreur, et le renvoya devant le pape Adrien qui condamna son hérésie.

Mais une aussi grave affaire ne pouvait pas se terminer d'une manière aussi simple. Deux ans après, en 794, elle fut portée, avec celle des Iconoclastes, devant le concile de Francfort, qui condamna de nouveau l'hérésie de Félix. On y décida, du consentement unanime de tous les évéques, que l'on composerait un livre pour réfuter cette hérésie. Enfin la question fut encore reprise à Aix-la-Chapelle en 799. Charlemagne envoya Angilbert à Rome, pour porter au pape les actes du concile, et les adressa à tous les évéques d'Espagne. Il fit écrire à l'archevêque de Tolède, Elipand, qui semblait toujours pencher pour l'opinion de Félix, trois lettres, l'une par les évéques d'Italie, l'autre par les évéques de France, la troisième par le pape. Lui-même adressa à Elipand une lettre qui

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