LIVRE X, CHAPITRE XII
renoneer à tout examen. Il voulait bien croire, mais il fallait qu'on lui donnât des explications. Cela prouve qu'il était de bonne foi et ne suspectait pas la bonne foi des autres. Ce qu'il ne comprenait pas, il l'attribuait à son ignorance et à l'inhabileté des docteurs qui ne savaient pas le lui expliquer. Toutefois il ne renonçait pas facilement à pénétrer la raison des choses; il voulait toujours savoir le pourquoi, et posait aux savants qui l'entouraient les questions les plus embarrassantes. Un jour il demande à Alcuin pourquoi l'on appelle septuagésime, sexagésime, quinquagésime et quadragésime le premier dimanche du carême et ceux qui le précèdent. La question était insoluble, car du septuagésime à Pâques il devrait y avoir soixante-dix jours; il n'y en a que soixante-trois. Au lieu de soixante jours, du sexagésime à Pâques, il n'y en a que cinquante-six, et ainsi de suite. Un autre jour, il dit dans un capitulaire qu'il faut examiner ce que l'on a promis au baptême, et quel est ce Satan aux œuvres et aux pompes duquel on doit renoncer, de crainte qu'on le suive sans le savoir ^
Certaines questions ainsi posées dans les dernières
années de sa vie semblent indiquer que la foi de
• l'empereur chrétien tendait à faiblir, ou du moins
qu'il n'avait plus grande confiance en ceux qui se
disaient les organes de la divinité. On ne saurait
» Capitul. secund. anni 811, c. 9, ap. Baluz., t. I, col. 481.
expliquer autrement ces paroles de son deuxième capitulaire de Tan 811 :
« Demander aux évéques et aux abbés de nous déclarer avec vérité ce que veulent dire ces mots dont ils se servent souvent: « Renoncer au siècle, » et à quels signes on peut distinguer ceux qui renoncent au siècle et ceux qui suivent encore le siècle : est-ce à cela seul qu'ils ne portent point d'armes et ne sont pas mariés publiquement * ?
» Demander si celui-là a renoncé au siècle, qui travaille chaque jour, n'importe par quel moyen, à accroître ses possessions, tantôt promettant la béatitude du royaume des cieux, tantôt menaçant des supplices éternels de l'enfer; ou bien, sous le nom de Dieu ou de quelque saint, dépouillant de ses biens quelque homme, riche ou pauvre, simple d'esprit et peu avisé, de telle sorte que ses héritiers légitimes en soient privés, et que la plupart, à cause de la misère dans laquelle ils tombent, soient poussés à toutes sortes de désordres et de crimes, et commettent presque nécessairement des vols et des brigandages *?
» Demander comment il a renoncé au siècle, celui qui, par cupidité et pour s'approprier le bien d'autrui, achète des témoins faux et parjures, et s'adresse à un juge sans foi, pour acquérir, par sa décision, ce qui d'après la justice ne lui appartient pas ^ ?
* Capit, secund, anni 8ii, c. 4; Baluz., 1. 1, col. 479.
* Capitvd. secund, anni 81i, e. ^; Baluz., 1. 1. c. 480. ■ Ibidem, c. 6.