‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 147 sur 200 · LIVRE X, CHAPITRE XII. «9Î · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE XII. «9Î

la boilté suprême te comble de tous les biens! Car ta prospérité est Thonneur, la gloire du monde chrétien, dont tu es le tuteur et le père. Tu es le tuteur des richesses acquises, le vengeur des crimes, le dispensateur de toutes les dignités, et tout ce que tu fais s'accomplit sous la main de Dieu. Tu es Fépée des prélats, le refuge et la protection du clergé, et par toi les pontifes exercent leur puissance sacrée... L'apôtre saint Pierre possède les clefs du ciel, mais Dieu en a mis d'autres en la possession : à toi les clefs de l'Église terrestre ; à lui celles des célestes lieux. »

Ainsi, dit l'auteur à qui nous empruntons cette citation S le domaine de la puissance impériale comprend l'État et l'Église : à l'empereur le gouvernement de l'Église, ainsi que le gouvernement de l'État. Le pape n'a dans ses attributions que la tutelle du dogme, le discernement des doctrines qui sauvent les âmes ou les perdent. Cette définition des deux puissances est conforme à l'idée qu'en avait Charlemagne. Ses actes ne laissent point de doute à cet égard. Il protégeait le clergé, non pour satisfaire à ses exigences, et comme un enfant soumis de l'Église, mais comme un maître bienveillant et parce qu'il convenait à sa politique de le protéger. La fermeté avec laquelle il savait faire respecter ses décisions en matière ecclésiastique comme en matière civile

' Hauréau, Singularitéi historiques et littéraires, p. 7T.

prouve bien qu'il entendait être le mattre partout. Il traitait les affaires des évêques, des abbés, comme les siennes propres et ne cédait devant aucune considération, aucune influence. Un conflit qui s'était élevé entre Théodulfe et Alcuin, deux princes de l'Église, deux de ses amis les plus intimes, nous en fournit un exemple remarquable. Voici le fait :

XIII. — Un clerc du diocèse d'Orléans s'était échappé de la prison où il se trouvait détenu par ordre de Théodulfe son évéque ; il avait cherché un refuge dans l'église de Tours. Cependant le droit d'asile n'était plus absolu comme autrefois ; il avait été modifié par un capitulaire de l'an 779. Tout criminel réfugié dans une église, pouvait y rester pendant l'instruction de son procë«( mais s'il avait été condamné, on ne pouvait niTaccueillir, ni lui donner la moindre nourriture ^ Or, le clerc, dont il s'agit, avait été régulièrement jugé et condamné. Néanmoins les religieux de Saint-Martin ne refusèrent point de le recevoir. A cette nouvelle, Théodulfe fit parvenir ses plaintes à l'empereur. Celui-ci se prononça contre Tabbé de Saint-Martin, qui était Alouin, l'ancien chef de l'école palatine. Aussitôt, par ordre de Théodulfe, quelques gens de sa milice épiscopale se rendirent dans la ville de Tours ; ils entrèrent dans la basilique et se rendirent maîtres du pauvre clerc.

* Et homicidœ et cœteri rei qui legibus mori debent, si ad ecclesiara eonfugerint, non excusentur, neque eis ibidem yictus detur. {Capit. ann, 779, c. 8; Baluz., t. I, col. 497.)

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