‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 148 sur 200 · LIVRE X, CHAPITRE XUl · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE XUl

Ils le menaient devant eux vers le porche de Téglise. quand ils virent toute la place occupée par des gens en armes et prêts à leur défendre le passage. C'étaient des habitants de la ville, qui, jaloux de maintenir un privilège qui leur était profitable, étaient accourus en grand nombre. Ils effrayèrent à ce point les envoyés de révéque d'Orléans, que ceux-ci prirent la fuite sans emmener leur prisonnier *.

Théodulfe irrité mit aussitôt en campagne de nouveaux soldats. Ils arrivèrent à Tours un dimanche matin, et huit d'entre eux, s'adjoignant à l'évéque de la ville, firent invasion dans l'église l'épée à la main ^. Sans s'incliner devant l'autel, ils en chassent quelques clercs qui priaient. Aussitôt toute la ville s'émeut. L'ennemi est, dit-on, venu d'Orléans pour dépouiller Saint-Martin de ses privilèges et profaner son église. On se jette sur les cloches et, dans ce pêle-mêle incroyable, les Orléanais sonnent aussi fort que les Tourangeaux. Une multitude considérable assiège l'église ; hommes, femmes, paysans, mendiants surtout, accourent pour protéger leur patron. On dit qu'en ce moment les religieux de Saint-Martin, sortant de l'abbaye, vinrent se mêler aux insurgés. Alcuin prétend au contraire que les gens de Théodulfe furent arrachés à la fureur du peuple par leur courageuse intervention. Il est possible, comme

' Hauréau, Singularités historiques et littéraires, p. 80. * Cette partie du récit appartient à M. Monnier, Alcuin, thèse pour le doctorat, Paris, 1853, p. 242.

soi HISTOIRE DBS PKANCS D'AUSTRASIE.

Tadmet M. Monnier, que, partagés entre deux sentiments opposés, les religieux de Saint-Martin se soient jetés dans les deux camps, ceux-ci, les plus jeunes^ excitant la multitude à défendre la superstition du lieu, ceux-là, les plus sages, l'exhortant à ne pas outrager par une vaine résistance la majesté impériale. Quoiqu'il en soit, la seconde expédition de Théodulfe ne fut pas plus heureuse que la première, et Tévêque d'Orléans adressa de nouvelles plaintes à l'empereur.

De son côté, Alcuin écrivit à Wiso et Fridegis, deux de ses anciens disciples, qui étaient alors fixés à la cour. Dans cette lettre qui nous a été conservée, et qui était destinée à être mise sous les yeux de Charlemagne, il leur dit :

« Théodulfe a un démêlé avec les frères de Saint- Martin. Un accusé, après avoir subi plusieurs peines, s'est échappé de sa prison, et s'est retiré dans l'église de Saint-Martin, cet illustre confesseur du Christ; il avoue sa faute, il appelle à l'empereur. Il demande qu'il lui soit permis de se présenter devant son auguste personne. Nous l'avons livré aux domestiques de révéque, qui, à ce qu'on prétend, craignant quelques embûches, se sont enfuis en le laissant devant la porte de l'église; sur quoi d'autres gens de l'évéque sont venus pour l'enlever avec violence. Ils ont profané la sainteté de la maison de Dieu ; ils ont outragé saint Martin, le confesseur du Christ. Ils ont pénétré jusque dans le chœur en présence de l'autel ; mais de là ils ont été repoussés par les frères. S'ils disent

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