LIVRE X, CHAPITRE XtlI
autrement, ils disent un mensonge : car aucun d'eux ne s'est incliné devant i'aulel. Le bruit s'est répandu dans la ville, qu'il était venu d'Orléans des ennemis pour profaner les ossements de saint Martin, et les pauvres sont accourus en foule, disposés à protéger leur protecteur. Nos frères ont sauvé les gens de l'évéque des mains du peuple, et ont fait sortir le peuple de l'église. Mais je sais à présent que ledit évêque foriiîe de graves accusations contre nos frères, qu'il exagère beaucoup de choses et dit ce qui n'est pas arrivé.
» Je vous en prie donc, mes très-chers fils, jetezvous aux pieds de notre seigneur David, du trèsauguste empereur ; et si l'évéque vient pour disputer avec lui, demandez s'il est juste qu'on vienne chercher l'accusé avec violence dans l'église, pour lui faire subir la peine à laquelle il s'est soustrait; s'il est juste que celui qui appelle à l'empereur soit admis devant lui ; s'il est bien que celui qui se repent de son égarement, soit dépouillé de tout ce qui lui appartient, jusqu'aux cordons de ses souliers; et si l'on observe à son égard cette parole du seigneur : La iniséricorde remporte sur le jugement ^ . Si vous représentez tout cela à mon maître, l'empereur chrétien, je sais qu'aucun avantage ne le détournera du chemin de la vérité, ne le fera déroger aux décisions des saints Pères ^. »
^ Super exaltât misericordia judicium. {Êpitre de saint Jacques^ II, 13. * Epist, Alcuini ad Caudidum et Nathanaèlent, ap. Bouquet, t. V, p. 6i9.
Charlemagne répondit, non à Alcuin personnellement, mais aux religieux de Saint-Martin et à leur chef. Sa lettre est un document précieux, en ce qu'elle nous fait voir comment il entendait sa position vis-àvis des plus hauts dignitaires de TÉglise. En voici la traduction :
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Charles, etc., à Albinus, vénérable maître et à toute la congrégation du monastère de Saint-Martin.
» Le jour avant celui où votre lettre nous a été remise, j'en avais reçu une de Théodulfe, qui se plaint des offenses faites à ses gens, ou plutôt à l'évêque lui-même, et du mépris avec lequel on a reçu nos ordres impériaux; ordres tendant à faire livrer certain ecclésiastique, qui s'était échappé de prison, et qui s'était caché dans l'église Saint- Martin ; en quoi nous ne pensons pas, comme vous paraissez le croire, avoir commis la moindre injustice.
» 5Iais lorsque nous nous sommes fait lire une seconde fois les deux lettres, la vôtre et celle de Théodulfe, la vôtre nous a paru beaucoup plus violente. Elle nous a paru avoir été écrite avec plus de colère que celle de Théodulfe, et n'avoir pas été assaisonnée de charité chrétienne. Nous l'avons prise plutôt pour une apologie du coupable et pour une accusation portée contre l'évêque, attendu que sous
Caudibus et Nathanael étaient les noms académiques de Wiso et Fridegis comme DaTid était celui de Charlemagne.