LIVRE XI, CHAPITRE III
pectives, rautorité que la loi ecclésiastique leur accorde
« A ces causes, et après nous être concerté avec nos évéques, abbés et autres ministres du seigneur, nous vous envoyons les instructions ci-jointes, ordonnant que nul de nos fidèles, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, ne refuse obéissance à son évéque dans les choses qui touchent au service de Dieu, et sur les points en question, ou sur tout autre relatif à leur ministère; mais que chacun s'efforce de complaire à son évéque, sans mauvaise volonté, en toute douceur, pour l'amour de Dieu et de la paix. Et si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise ! négligeait de payer la none et la dîme, ou de renouveler les précaries, et s'avisait de contrarier nos évêques dans les choses qui dépendent de leurs attributions, ou de leur résister, ainsi que nous l'avons expliqué depuis longtemps dans un de nos capitulaires, qu'il sache, à n'en pouvoir douter, qu'il aura à rendre compte de sa conduite en notre présence, à moins d'un prompt amendement. Et pour que vous le croyiez plus fermement, nous avons voulu le confirmer par notre anneau ^ »
Cet édit ne permet point d'en douter, l'Église était devenue le premier corps politique de l'État. On dira sans doute qu'au temps de Charlemagne le personnel ecclésiastique, comme le personnel laïque de
I Edictum pro episcopis, ann. 802.
son gouvernement était en grande partie germain. Sismondi n*a pas manqué d'en faire l'observation : « La Gaule, dit-il, se trouvait comme perdue dans la vaste monarchie de Gharlemagne. Les victoires des Francs avaient porté leurs frontières à une si grande distance de celles du pays qui porte aujourd'hui le nom de France, que dans presque aucune occasion une invasion ennemie ne pouvait pénétrer jusqu'à elles. Les provinces exposées à la guerre étaient d'autre part seules habitées par des citoyens belliqueux : Ih où le besoin de se défendre ne se faisait jamais sentir, les habitants négligeaient Tusage des armes, et le prince ne trouvait plus de soldats. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles Charles levait ses armées presque exclusivement dans les pays de langue tudesque, et n'avançait jamais au commandement que des chefs dont les noms sont francs, c'est-à-dire germains, par opposition aux chefs gaulois ou romains que nous avons vu admis au pouvoir pendant toute la durée de la première race. Il ne faut pas oublier cependant que ces Gaulois sont les pères des sujets de Charles le Chauve, que dès le siècle suivant nous commencerons à appeler Français, par opposition aux Francs d'outre-Rhin.
« Ces Gaulois ou Romains qui, sous le règne de Gharlemagne ne furent exposés à aucune invasion^ qui ne parvinrent jamais à un commandement militaire, qui n'occupèrent jamais les grandes dignités
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civiJas, qui semblent même avoir été exclus des plus liautes prélatures de FÉglise, n'attiraient pas davantage l'attention par ractiou immédiate du gouvernement sur eux. La capitale de la monarchie n'était plus dans la Gaule. Tous les ordres partaient d'Âix-la- Chapelle; c'était là que se réunissaient tous les ambitieux, tous les hommes en pouvoir, tous les lettrés qu'attiraient les bienfaits de la cour, tous les marchands que nourrissait son luxe. En effet, la ville de Paris ne se trouve pas même nommée par les historiens pendant ce long règne. Et si elle eut alors un comte, qu'on peut croire Gaulois d'origine, nommé Etienne, ses évêques, Herchenrad, Inkhad, Landrich S furent tous germains ou francs *. »
Ces faits ne sauraient guère être contestés ; mais les traditions suivies par Gharlemagne n'en étaient pus moins gallo-romaines; à coup sûr, elles n'avaient rien de germanique. L'empereur ne fit que continuer à marcher dans la voie qui avait été ouverte aux rois, ses prédécesseurs, par le clergé galloromain. Et d'ailleurs la situation de la Gaule à l'époque ou elle était gouvernée par des évêques gaulois, quand l'aristocratie de cette nation s'était emparée des sièges épiscopaux, comme moyens d'influence et de pouvoir, cette situation ne différait pas essentiel letnent de celle qui lui fut faite après l'invasion ;
' D. Bouquet, t. V, p. 663, ex Chartulario eccles. parisiens. * Sismondi, Histoire des Français, i^ partie, ch. V.
Z-2t HISTOIRE DES FRANCS D'AUSTRASIB.
elle était telle que le gouvernement de Gharlemagne Tut pour cette partie de Tempire plutôt un bienfait qu'une calamité ; tandis que pour les Francs, auxquels l'empereur fit la gracieuseté de fixer au milieu d'eux le siège de sa puissance; pour les Francs, parmi lesquels il voulut bien choisir la plupart de ses courtisans et presque tous les instruments de son despotisme, le régime impérial, favorable à quelques ambitieux, ne fit que couronner la ruine de leur liberté et de leurs institutions nationales.
Certes beaucoup d'hommes d'origine germanique étaient entrés dans l'Église ; ils avaient supplanta les Gaulois dans les hautes positions ecclésiastiques et surtout dans les bénéfices; mais le catholicisme en lui-même n'était-il pas romain ? n'était-ce pas par l'influence de l'aristocratie gauloise qu'on en avait fait l'élément essentiel de la nouvelle organisation sociale? Et enfin le chef de l'institution était toujours à Rome ; il se disait par modestie le successeur de saint Pierre, mais en réalité il aspirait à la succession de César. C'était donc la cause gallo-romaine qui triomphait, et le germanisme était abattu.
IV. — Nous ne dirons pas comme Sismondi, que le droit germanique disparut sous la prépondérance absolue du droit canon. Les lois salique et ripuaire, chez les Francs, la loi burgonde, chez les Bourguignons, les lois des Allemans, des Bavarois, des Thuringiens n'avaient pas cessé d'être en vigueur. On se rachetait encore par le wergeld ; il y avait