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LIVRE XI, CHAPITRE IV. 3î

toujours, quoiqu'en petit nombre, des hommes libres, ayant le droit de guerre privée et de vindicte, le mundium sur leurs femmes et leurs enfants, et toutes les prérogatives attachées à la qualité de citoyen libre ; mais de toutes ces choses essentiellement germaniques, il n'existait plus en réalité que le nom et la forme.

La royauté, par exemple, semblait toujours avoir le caractère de ce pouvoir protecteur qu'on appelait la mainbournie; oflBciellement, le roi consultait la nation pour toutes les affaires importantes, dans les placites généraux qui se tenaient deux fois l'an ; mais au fond, rien ne ressemblait moins à l'ancienne royauté germanique, rien ne rappelait davantage Fésprit et l'administration de l'empire romain, de ce pouvoir qui, selon l'expression de M. Guizot, représentait l'État et agissait presque seul dans l'État. C'était là le système, dit le même auteur, que Charlemagnè tendait à relever : « Il entreprit de redonner à la royauté franque le caractère de royauté impériale, d'en faire un symbole politique, de reprendre lui-même ce rang de représentant de l'État qu'occupaient les empereurs romains; et il y travailla par le moyen le plus efficace, non par la seule pompe des cérémonies et du langage, mais en ressuscitant réellement le pouvoir impérial, l'administration romaine et cette omniprésence y pour ainsi dire, de la royauté sur tous les points du territoire, qui, au milieu de la décadence universelle.

au HISTOIRE DES FRANCS D AUSTRASIE.

avait fait toute la Torce de ce grand despotisme ^. » La grande institution des assemblées nationales n*était pas moins défigurée. Nous avons déjà vu qu^après rétablissement des Francs dans la Gaule romaine, il avait fallu, pour maintenir Tordre social, faire une place dans ces assemblées à Taristocratie épiscopale des Gaulois à côté de l'aristocratie guerrière des Francs. Les évoques furent admis dans les placites et dans les conseils du roi, non parce qu'ils étaient évéques mais parce qu'ils représentaient la nation gauloise. C'est ainsi qu'on parvint à opérer une sorte de fusion entre l'élément gallo-romain et l'élément germanique. Au commencement, cette combinaison avait pour but de rapprocher les hommes ; plus tard elle eut pour résultat de faire prévaloir l'ordre social des Gallo-Romains surl'ordre social des Germains, de faire triompher, comme l'on dit, la civilisation sur la barbarie.

V. — Nous connaissons le mécanisme des placites généraux par la célèbre description d'Adalhard, ou plutôt par le résumé que nous en a laissé Uincmar, arclievéque de Reims *. Ces placites se réunissaient deux fois Tan, au printemps et en automne. Celui de la maison d'automne ne se composait que des conseillers de la couronne et des seigneurs (seniores)^ c'est-à-dire des personnes les plus considérables de l'empire. C'était le second de l'année, mais le pre-

• Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. HI, leç. 4.

* Uincmar., Opp, de ordine palatii, t. H, p. 201-215.

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mier dans Tordre des affaires, car cette assemblée était en quelque sorte préparatoire de la grande assemblée du mois de mai. Le roi y recevait les dons généraux du royaume ; on commençait à examiner les affaires de Tannée suivante, s*il en était dont il fût nécessaire de s'occuper d'avance. Les missi venaient rendre compte au chef de TÉtat tant de ce qu'ils avaient fait en son nom, que de ce qu'ils avaient vu et observé. Le roi demandait à chacun ce qu'il avait à lui rapporter, à lui apprendre concernant la partie du royaume qu'il avait visitée.

Le placite du mois de mai, qui souvent avait lieu en juin, en juillet, et même au mois d'août, se composait des mêmes éléments, et en outre d'un élément populaire qu'Hincmar désigne sous le nom de minores. Raepsaet pense que les minores étaient les notables ou les échevins des villes et districts, dont les comtes et gouverneurs devaient se faire accompagner à l'assemblée générale ^ . Cette opinion se fonde particulièrement sur le capitulaire de Louis le Débonnaire de Tan 819, qui fixe à douze par comté le nombre des échevins qui doivent accompagner le comte ^. La convocation de ces notables

^ Raepsaet, Œuvres complètes, t. II, p. 25. M. Waitz, en rapportant (t. III, p. 487) une disposition semblable du capitulaire de Saxonibus de Tan 797, ne pense pas qu'elle concerne les placita gcneralia. Ce qui parait certain, c'est qu'un pareil ordre de choses n'était pas en vigueur dans l'empire entier.

« Capit. ann. 819, c. 2; Baluz., 1. 1, p. 605; Pertz, 1. 1, p. 227. Ce capitulaire ne concerne que les plaids tenus par les missi. Y. Waitz, t. III, p. 488.

avait pour but, suivant Raepsaet, d'obtenir d'eux des renseignements sur les ressources et les besoins locaux, de recevoir leurs avis et de les faire assister aux délibérations de l'assemblée^ pour qu'à leur retour ils pussent convaincre leurs concitoyens de l'utilité ou de la nécessité des mesures adoptées ^.

L'assemblée se partageait en plusieurs sections : il y avait d'abord deux chambres principales, celle des évéques et abbés, et celle des comtes et princes; dans l'une on traitait des affaires de l'Église, dans l'autre, des affaires mondaines ; les deux chambres se réunissaient, lorsqu'il s'agissait d'affaires mixtes. Le reste des assistants, c'est-à-dire la multitude des minores, se réunissait dans divers locaux. (( Si le temps était beau, dit Hincmar, tout cela se passait en plein air ; sinon, dans divers bâtiments distincts, où ceux qui avaient à délibérer sur les propositions du roi étaient séparés de la multitude des personnes venues à l'assemblée ; et alors les hommes les moins considérables (les minores) ne pouvaient entrer. Les lieux destinés à la réunion des seigneurs étaient divisés en deux parties, de telle sorte que les évoques, les abbés et les clercs élevés en dignité pussent se réunir sans aucun mélange de laïques. De même les comtes et les autres principaux de l'État se séparaient, dès le matin, du reste de la multitude, jusqu'à ce que, le roi présent ou absent, ils fussent réunis ; et alors les

1 Raepsaet, Œuvres complètes, t. II, p. S6.

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