LIVRE XI, CHAPITRE V. 3i
seigneurs ci-dessus désignés, les clercs de leur côté, les laïques du leur, se rendaient dans la salle qui leur était assignée, et où on leur avait fait honora* blement préparer des sièges. Lorsque les seigneurs laïques et ecclésiastiques étaient ainsi séparés de la multitude, il demeurait en leur pouvoir de siéger ensemble ou séparément, selon la nature des affaires qu'ils avaient à traiter, ecclésiastiques, séculières ou mixtes... Si ceux qui délibéraient sur les matières soumises à leur examen en manifestaient le désir, le roi se rendait auprès d*eux, y restait aussi longtemps qu'ils le voulaient, et là ils lui rapportaient avec une entière familiarité ce qu'ils pensaient de toutes choses, et quelles étaient les discussions amicales qui s'étaient élevées entre eux *.
3) La seconde occupation du roi, était de demander à chacun ce qu'il avait à lui rapporter ou à lui apprendre sur la partie du royaume dont il venait. Non-seulement cela leur était permis à tous, mais il leur était strictement recommandé de s'enquérir, dans l'intervalle des assemblées, de ce qui se passait au dedans et au dehors du royaume ; et ils devaient chercher à le savoir des étrangers comme des nationaux, des ennemis comme des amis, quelquefois en employant des envoyés, et sans s'inquiéter beaucoup de la manière dont étaient acquis les renseignements. Le roi voulait savoir si^ dans quelque
* Hincmar, /. c.
partie, dans quelque coin du royaume, le peuple murmurait ou était agité, et quelle était la cause de son agitation, et s'il était survenu quelque désordre dont il fût nécessaire d'occuper le conseil général, et autres détails semblables. Il cherchait aussi à connaître si quelqu'une des nations soumises voulait se révolter, si quelqu'une de celles qui s'étaient révoltées, semblait disposée à se soumettre, si celles qui étaient encore indépendantes, menaçaient le royaume de quelque attaque, etc. Sur toutes ces matières, partout où se manifestait un désordre ou un péril, il demandait principalement quels en étaient les motifs ou l'occasion. >>
Il nous semble résulter assez clairement de ces explications d'Hincmar, que les deux premières chambres avaient seules le droit et le devoir de délibérer ^. On soumettait à leur examen et à leur délibération les articles de lois nommés capitula ; elles en délibéraient un, deux ou trois jours au plus, selon l'importance du sujet; le résultat était ensuite communiqué à l'empereur, qui prenait une résolution. Quant aux minores, ils n'agissaient que par voie d'influence, et par les renseignements qu'ils étaient dans l'occasion de donner à l'empereur et aux seniores. Toutefois la participation des placites généi*aux à l'exercice du pouvoir législatif ne saurait être mise en
* Lt participation des grands aux placites généraux était plutôt une obligation qu'un droit, comme le prouYe très-bien M. Waitz, DeutscheVerfasëungsgeschichte, t. III, p. 485.