‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 16 sur 200 · LIVRE VI, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XI

inhérente à l'organisation sociale issue de Funion des races latines et germaniques. En prenant possession de la Gaule, les Francs avaient fait avec l'Église un pacte qu'il ne leur était pas permis de rompre, sans remettre en question l'ordre social tout entier.

De plus, les intérêts, la puissance des Carolingiens étaient inséparables de la puissance et des intérêts de l'Église. Le doute qu'on a manifesté à cet égard, vient de ce qu'on ignore les moyens que Charles Martel mit en œuvre pour subvenir aux frais de tant de guerres, et pour récompenser des hommes qui à leurs instincts guerriers joignaient celui de l'acquisivité. On a pensé que le glorieux maire du palais des trois royaumes spoliait les églises pour enrichir ses compagnons d'armes.

Il y a sur ce sujet une tradition dont la source remonte jusqu'au milieu du neuvième siècle. On racontait que l'évêque d'Orléans, Eucherius, avait vu Charles Martel dans l'enfer, où il subissait des peines atroces pour avoir enlevé leurs biens aux églises et aux monastères; que le prélat avait rapporté sa vision à d'autres évêques, qui avaient fait ouvrir le sarcophage de Charles, mais qu'au lieu d'y trouver son corps, on avait vu sortir du cercueil, tout noirci, un affreux dragon. Croirait-on que ce conte absurde fût l'œuvre d'un concile d'évêques, assemblés à^ Quierzy en

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858 *. Depuis lors, les écrivains ecclésiastiques ont répudié cette fable qu'il n'était plus possible d'imposer à la crédulité publique. Les Bollandistes ont même soutenu que Charles Martel n'avait pas usurpé des biens d'église; l'auteur de la Gallia christiana, Baronius et beaucoup d'autres ont exprimé une opinion semblable. La question a été traitée ex professa, en 4806, par l'historien belge Raepsaet^;

1 Voici textuellement ce qu'écrivaient les membres du concile de Quierzy à Louis le Germanique :

o C'est parce que le duc Karle, père du roi Pépin, fut le premier entre tous les rois et les princes des Franks à séparer et prendre les biens de l'Église, que pour cette seule cause il est damné éternellement. Nous savons en effet que saint Eucherius, évéque d'Orléans, dont le corps repose dans le couvent de Saint-Trudon, fut enlevé au monde des esprits; et parmi les choses qu'il vit et que le Seigneur lui montra, il reconnut Karle exposé aux tourments dans le plus profond de l'enfer. L'ange qui le conduisait, interrogé sur ce sujet, répondit que, dans le jugement à venir, l'âme et le corps de celui qui a emporté ou divisé les biens de l'Église seront exposés, même avant la fin du monde, à des tourments éternels par la sentence des saints flui jugeront avec le Seigneur... Saint Eucherius revenu à lui appela Boniface et Fulrod, abbé du couvent de Saint-Denis, premier chapelain du roi Pépin, auxquels il raconta toutes ces choses ; il leur recommanda ensuite d'aller au sépulcre de Karle ; s'ils n'y trouvaient pas son corps, ce serait la preuve de la vérité de sa vision. Boniface et Fulrod se rendirent aussitôt au couvent oU le corps de ce Karle avait été enseveli, et, ayant ouvert son tombeau, un dragon en sortit à Tinstant même et le tombeau parut noir au-dedans comme s'il avait été brûlé. Nous-mêmes, nous avons vu des hommes qui ont vécu jusqu'à notre temps et qui ont assisté à tout ce que nous venons de dire, et ils ont, avec vérité, attesté de vive voix les choses qu'ils ont ouiës et qu'ils ont vues... » {Epist. patrum Synod. Carisiacensis, ann. 858, ap. Chesnium, t. I, p. 792; Script. Franc, t. III, p. 659.)

« Défense de Charles Martel contre l'imputation d'avoir usurpé les biens ecclésiastiques et nommément les dîmes, publiée pour la seconde fois en 1838 dans les CEuvres complètes de Raepsaet, 1. 1. p. 281.

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