LIVRE VI, CHAPITRE XI
après lui, les historiens et les jurisconsultes les plus célèbres de FAUemagne l'ont soumise à un nouvel examen. A côté de MM. Rolh *, Daniels * et Waitz', il est juste de mentionner pour la France M. Beugnot, qui a fourni à l'Institut un mémoire très-savant sur ce sujet ^.
Ces écrivains ne sont pas d'accord sur tous les points. Aucun d'eux n'admet que Charles Martel ait entrepris la sécularisation des biens ecclésiastiques; la plupart contestent également qu'il ail usurpé des biens de cette espèce ; MM. Daniels et Waitz sont d'avis qu'il en disposa de diverses manières au profit de ses guerriers, sans néanmoins en ôter la propriété aux églises. Il est certain cependant qu'il a dû, lorsqu'il entrait en pays ennemi, permettre à ses soldats le pillage le plus large ; ce mode de récompense était le plus immédiat et le plus conforme aux mœurs du temps.' Or, le pillage s'étendant aux églises et aux monastères, on ne saurait nier que l'Église dût essuyer des pertes considérables. En second lieu, Charles Martel ne pouvait se dispenser de faire en faveur de ses fidèles, des actes de libéralité, c'est-à-dire des donations de propriétés foncières, e ce fût probablement à l'aide de confiscations qu'il se
^ Geschichte des Beneficialwesens, p. 313.
* Handbuch der deutschen Staats-und Rechtsgeschichte, 1. 1. p. 512. ' Deutsche Verfassungsgeschichte, t. HI, p. 24 et suiv.
* Sur la spoliation des biens du clergé attribuée à Charles Martel, dans les Mémoires de l'Institut, Académie des inscriptions et belles-lettres, U XIX, sér. 2, de la nouvelle collection, p. 261.
procura le& biens nécessaires à cet objet. En effet la confiscation est une peine qui fut infligée à plusieurs évéques et abbés pris en état de rébellion, entre autres, à l'archevêque de Reims, Rigobert, et à Tévéque d'Orléans, cet Eucherius qui fit la célèbre vision dont nous venons de parler ^ Charles Martel les priva de leurs sièges, qu'il donna à des hommes de guerre n'ayant d'ecclésiastique que la tonsure. Tel fut le fameux Milon, guerrier farouche, à la fois archevêque de Reims et de Trêves, et qui conserva cette position jusque sous les fils de Charles Martel *. L'esprit d'acquisivité des Francs s'était d'ailleurs développé par la concurrence que leur faisaient les gens d'église. Voyant que l'exercice du culte était un moyen de s'enrichir, ils cherchaient à s'emparer des évêchés et des abbayes pour jouir de leurs revenus. Rien ne peint mieux cette situation que l'exemple suivant, cité par Lehuërou et emprunté aux Gestes des abbés de saint Wandrille : « Guidon obtint le gouvernement de l'abbaye à partir de 738. Il était parent de Charles, et il obtint encore l'abbaye de Saint-Vaast. Il était du nombre des clercs séculiers,
' Ut beatum virum cum omni propinquitate cjus exsilio deputaret honoresque eorum quosdam propriis usibus adnecteret, quosdam vero suis satellitibus consularet. {Vita Eucherii, ap. Mabillon, t. III, p. 598.)
* ... Et donatus atque magis usurpatus contra Deum et cjus auctoritatem fuit ille episcopus simul cum alio episcopatu et aliis ecclesiis a sœcularibus potestatibus Miloui cuidam sola tonsura clerico... et alii episcopatus de ipsa diocœsi Remensi diverso modo essent divisi et aliqui ex magna parte sine episcopis consistentes. {Êpist, Hadrian, pontif., ap. Bouquet t. V, p. 3i3.)