‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 163 sur 200 · LIVRE XI, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE VII

vicaires et centeniers, tous ceux, en un mot, qui avaient une part d*administration, soit spirituelle, soit temporelle, étaient obligés d'y assister en personne ou par représentants. On traitait dans ces assemblées toutes les affaires de la province ; on y examinait la conduite des magistrats et les besoins tant publics que particuliers ; on punissait les prévaricateurs. Le capitulaire de Tan 812 voulait que ces placites fussent tenus quatre fois par année, dans quatre endroits différents, afin que tous les comtes pussent y assister successivement *.

M. Waitz a publié le procès-verbal d'une mission en Istrie. C'est un document fort curieux ; on y voit tour à tour un patriarche et un duc mis en présence du peuple et de ses magistrats locaux; ils sont obligés de se défendre et de répondre à tous les griefs articulés contre eux. Ils sont là comme de véritables accusés *. Nous possédons aussi une relation fort intéressante du voyage que Théodulfe fit avec Leidrade, en qualité de missi, dans le midi de la Gaule. La déchéance morale des habitants de ces

1 Volumus, propter justitias quœ usque modo de parte comitum remanserunt, quatuor tantum mensibus in anno Missi nostri legatioaes nostras exerceant, in hyeme Januario, in verno Aprili, in sestate Julio, in automno Octobrio. Cseteris yero mensibus unusquisque comitum placitum suum habeat et justitias faciat. Missi autem nostri quater in anno mense, et in quatuor locis habeant placita sua cum illis comitibus quibus congruum fuerit ut ad eum locum possint convenire. {CapU, tert. anni 812, c. 8; Baluz., t. I, col. 498.)

* Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, t. III, p. 406.

contrées est presque Incroyable. Partout la foule court au devant des envoyés du roi, non pour leur demander justice» mais pour chercher à les corrompre. « Celui-ci, dit Théodulfe, me promet une coupe de cristal et des perles de l'Orient, si je le rends maître du domaine d*autrui. Celui-là m'offre un amas pesant de sous d*or, sur lesquels sont tracés des caractères arabes, ou des sous d'ai^ent ornés d'inscriptions latines, si je consens à lui livrer des métairies, des champs, des maisons. Un autre attire secrètement mon notaire, et, de sa voix la plus basse, il lui dit : « Je possède un vase enrichi d'an- » ciennes figures, d'un métal pur et d'un poids qui » n'est pas médiocre (suit une longue description du » merveilleux objet). Eh bien ! ce vase est pour ton )) maître, s'il se montre favorable à mes vœux. Sur » 'mes terres est une nombreuse famille d'hommes» » de femmes, d'enfants, de jeunes gens, de jeunes » filles, que les auteurs de mes jours ont faits libres )> et qui jouissent de leur liberté. Si ton maître me » permet de falsifier une charte, je lui donne ce vase » antique, et moi, devenu le seigneur de tous ces » gens, je ne tarderai pas à récompenser tes bons » offices *. »

L'inspection des missi portait sur les vassaux du roi, comme sur les évoques, les abbés et les comtes. On sait que les vassaux exerçaient la juridiction dans

1 Traduction de M. Hauréau, Singularités kittoriques, p. 74.

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