LIVRE XI, CHAPITRE VU
leurs terres ; ils n'en étaient pas moins soumis à la surveillance des missidominici. Un capitulaire prescrivait à leur égard, comme à regard des comtes, que s'ils ne rendaient pas la justice à leurs hommes, le missus et le comte pouvaient s'établir chez eux et vivre à leurs dépens, jusqu'à ce que la justice fût rendue ^. Dans un autre capitulaire on prévoit le cas où des voleurs se seraient réfugiés dans la maisod d'un seigneur, et l'on ordonne au juge du lieu de les faire amener au plaid du comté : « Celui qui négli* géra de le faire, y est-il dit, perdra son bénéfice ; et s'il n'a pas de bénéfice, il payera une amende. Il en sera de même pour nos propres vassaux, qui dans ce cas seront privés de leurs bénéfices et de leurs honneurs *. » Enfin des dispositions générales, prescrivaient aux misH de corriger tous les abus, d"amender tout ce qu'ils trouveraient être fait en contravention des lois ou des ordonnances de l'empereur ' ; de réparer toutes les injustices ; de rétablir l'ordre en toutes choses ; de rendre compte à l'empereur de leurs opérations, et même de lui signaler ce qui, dans
1 Et si vassus noster justitias non fecerit, tune et cornes et missus ad ipsius casam sedcant, et de suo vivant quousque justitiam faciat. (Capiu anni 779, c. 21 ; ap. Baluz., 1. 1, col. i98.)
* Et qui hoc non fecerit, beneficium et honorem perdat. Et qui beneficium non habuerit, bannum solvat. Similiter et vassus noster, si hoc non adimpleverit, beneficium et honorem perdat. [Ibidem, c. 9.)
» Capit, ann. 812, c.9; Baluz., 1. 1, p. 498; Pertz, p. 175» Un capitulaire publié pour la première fois par M. Pertz, p. 429, ordonne qualiter missi nostri de latronibus agere debeant.
les lois, leur paraîtrait contraire à la justice et à l'équité*.
On a beaucoup admiré, beaucoup vanté toutes ces dispositions ; on a cru y voir la preuve que Cliarlemagne avait le génie de Tadministration, avec le désir de gouverner de la manière la plus équitable. Certes on ne saurait lui contester un grand amour de l'ordre et de la justice, joint à une prodigieuse activité. L'empereur s'occupait de toutes choses ; il voulait tout savoir, être partout, soit par lui-même, soit par ses délégués, se présenter enfin à l'esprit des peuples comme le moteur universel du gouvernement tout entier ^. Cette sollicitude mérite sans doute des éloges ; mais si les intentions de l'empereur étaient bonnes, les moyens qu'il employa pour les réaliser ne pouvaient aboutir qu'à une centralisation tyrannique de tous les pouvoirs temporels et spirituels, ou à une catastrophe, dont l'Église seule serait éti position de tirer parti, par suite de la solidité de son organisation. On sait quelle fut la solution de ce dilemme.
VIII. — Il est un problème dans lequel se résument presque toutes les questions que nous avons agitées : c'est celui de savoir qu'elle a été la source du régime féodal, et par conséquent si les maux de la féodalité doivent être attribués aux Gallo-Romains ou aux Francs. Ce problème a été souvent, longuement
» Capiu ann. 802, c. 4 ; Baluz., 1. 1, p. 363; Pertz, /. c, p. 91. * Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. III, leç. 4«.