LIVRE XI, CHAPITRE X
niers qui sont des hommes libres et possèdent des bénéfices dans le lieu de leur emploi, vivent du produit de leurs bénéfices ^. »
X. — L'exemple des rois fut imité par les grands propriétaires, qui accordèrent aussi des bénéfices pour rétribuer les services dont ils avaient besoin. L'or et l'argent étaient rares ; les terres seules étaient abondantes; elles furent la monnaie avec laquelle les rois, les églises, tous les possesseurs des grands domaines payaient la plupart des hommes libres qu'ils employaient. De là vinrent la rapide division de la propriété foncière et la multitude de petits bénéfices. M. Guizot a constaté que, du cinquième au dixième siècle, la propriété allodiale, sans disparaître complètement, se resserra de plus en plus, et que la condition bénéficiaire devint la condition commune de la propriété territoriale *.
Le même auteur pense que, dès le principe, il y eut des bénéfices héréditaires. C'est une opinion qui nous paraît fort contestable. Il se fonde sur le traité d'Andelot, conclu en 587, et dans lequel on lit : « que toutes les terres qu'il plaira à la reine de conférer à quelqu'un, lui appartiennent à perpétuité et ne lui soient enlevées en aucun temps ^. » Pour tirer de ce passage la conclusion que veut en tirer M. Gui-
^ Et ipsi poledrarii qui liberi sunt, et in ipso ministerio bénéficia htbuerint, de illorum l'iisml beneficiis. (Ibidem, c. 50; Baluz., t. 1, col. 338. * Histoire de la civilisation en France, t. III, leç. â. > Conventus apud Andelaum ; Baluz., 1. 1, col. i4.
Le passage de la Vie anonyme de Louis le Débonnaire que cite M. Guizot, vient encore à Tappui de notre opinion sur les tendances des possesseurs de bénéfices. « En 795, Charlemagne, renvoyant en Aquitaine son fils Louis, lui demanda comment il se faisait qu'étant roi, il fût d*une telle parcimonie qu*il n'offrit jamais rien à personne, pas même sa bénédiction, à moins qu'on ne la lui demandât. Louis apprit à son père que les grands ne s'occupant que.de leurs propres intérêts et négligeant les intérêts publics, les domaines royaux étaient partout convertis en domaines privés; d'où il arrivait qu'il n'était, lui, roi que de nom et manquait presque de tout. Charlemagne, voulant remédier à ce mal, mais craignant que son fils ne perdit quelquechose de l'affection des grands, s'il leur retirait par sagesse ce que, par imprévoyance, il leur avait laissé usurper, envoya en Aquitaine ses propres missi, Wibert, depuis archevêque de Rouen, et le comte Richard, inspecteur des domaines royaux, et leur ordonna de faire rentrer dans les mains du roi les domaines qui jusqu'alors lui avaient appartenu ^ »
XL — Nous croyons avoir établi que le premier
pnevidere studeant omnia bénéficia quse nostri et aliorum homines habere ▼identur, quomodo restaurata sint post annuntiationem nostram site destructa... Similiter et iliorum alodes pnefidcant utrum melius sint coqtructi ipsi alodi aut illud beneficium, quia auditum habemus quod aliqui homines illorum bénéficia habeant déserta et alaudes iliorum restauratos. {CapU, ann, 807; ap. Baluz., t. 1, col. 460; ibidem, col. 498.) • Hecucil de» historietu de France, t. IV, p. 90.