LIVRE XI, CHAPITRE XI
des grands faits qui, suivant M. Guizot, constituent et caractérisent le régime féodal, a pris sa source dans les institutions romaines du patronage et du bénéfice, et qu'il s'est développé, au mépris des tendances instinctives et nationales des Francs, sous l'influence de lois et usages destructifs de la propriété allodiale, c'est-à-dire de l'une des institutions le plus .essentiellement germaniques. Nous allons examiner maintenant le second de ces faits, celui que M. Guizot appelle la fusion de la souveraineté et de la propriété. Cet élément constitutif du régime féodal est-il germain ou romain? Telle est la question à résoudre.
Il est constant que, chez les anciens Germains, la souveraineté résidait dans la nation politique, qui ne . se composait que des propriétaires fonciers. Il y avait donc entre la souveraineté et la propriété une connexion incontestable; mais les pouvoirs souverains s'exerçaient, dans les assemblées générales par tous les propriétaires collectivement et non pas individuellement par chaque propriétaire. M. Guizot reconnaît que, dans la tribu germanique, la souveraineté appartenait, pour toutes les [affaires générales de la tribu, à l'assemblée des chefs de famille propriétaires; mais il suppose qu'il y avait en outre une souveraineté domestique individuelle, inhérente à la propriété, et qui était exercée par chacun des pères de famille pris isolément. En sorte que la société germanique aurait été une fédération de petits souverains se réunissant de temps à autre pour