‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 18 sur 200 · LIVRE VI, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XI

et portait toujours au côté cette courte épée qu'on appelle espadillon, se couvrait du manteau militaire au lieu du froc, et se souciait très-peu des prescriptions canoniques. En effet, il se faisait toujours suivre d'une meute nombreuse, avec laquelle il chassait à outrance et il excellait surtout à atteindre les oiseaux à coups de flèches, beaucoup plus occupé de ces amusements que d'étude et de discipline ecclésiastique ^. »

11 est certain aussi que des biens d'église furent plus d'une fois distribués, à titre de précarie, à la multitude des hommes de guerre. En effet le deuxième capitulaire de Leptines, dont nous nous occuperons bientôt, dit que les princes Carloman et Pépin retiendront, pendant quelque temps, les biens d'église donnés en possession précaire, pour les besoins de l'armée ^. On doit en conclure qu'à l'époque où cet acte fut dressé, les hommes de guerre avaient des biens d'église en précarie, et qu'ils les possédaient déjà avant la mort de Charles Martel. En résumé, il est hors de doute que Charles se servit des richesses de l'Église pour récompenser ses soldats ; mais il ne fit pas d'expropriation, ni de sécularisation proprement dite. L'Église fut dépouillée d'une partie de ses biens, soit par les moyens en usage depuis l'invasion

^ Gesta abbat, FontaneiL, c. II.

> Lt sub precario et ceusu aliquam partem ecclesialis pecunise in adjutorium exercitus nostri cum indulgentia Dfti aliquando tempore retineamus. (Pertz, Leges, 1. 1. p. 18.)

des Francs, le pillage en pays ennemi, la confiscation des biens des révoltés, enfin les effets de toute conquête, soit par des actes de précarie émanés bon gré mal gré, des évêques et abbés eux-mêmes.

Ces actes, commandés par les circonstances, ne prouvent aucunement que Charles Martel fût ennemi de l'Église. Le contraire est d'ailleurs facile à démontrer, comme l'ont fait plusieurs auteurs, entre autres M. Beugnot déjà cité. Bornons-nous à rappeler ce qu'il fit pour introduire le christianisme en Allemagne et dans le pays des Frisons, la protection qu'il accorda aux missionnaires de la foi, et surtout les relations qu'il établit avec le pontife de Rome.

XII. — Avant Charles Martel les Francs n'avaient eu de rapports suivis qu'avec les chefs de TÉglise celtique; les rois mérovingiens recevaient de loin en loin, mais dans les grandes circonstances seulement, une lettre du pape. C'est que, dans le principe, l'Église romaine, comme celles qui s'étaient formées en Syrie, en Palestine et même en Italie, à Milan et à Ravenne, n'était qu'un démembrement de l'Église chrétienne, placée tout entière sous le patronage des empereurs d'Orient. L'évêque de Rome n'avait pas d'autres prérogatives que tous ses collègues. Son élévation au suprême pontificat fut le résultat des événements et non de sa prétendue qualité de successeur de saint Pierre.

« Dans la décadence de l'empire et le désordre des provinces, dit un auteur italien, il devenait utile à la

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