‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 19 sur 200 · LIVRE VI, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XII

cour impériale de grandir les évêques de Rome et de concentrer en eux toute la puissance sacerdotale chrétienne, comme le sacerdoce païen concentrait sa

puissance dans le grand pontife et son collège

En Orient, où le chistianisme se consolida plus tôt, nombre de sièges se disaient fondés par les apôtres et beaucoup de cités luttaient de grandeur et de richesses. De là rivalité des évoques ; et la religion étant troublée par des hérésies, aucun ne put

s'élever jusqu'à dominer les autres Dans TOccî-

dent, le christianisme s'établit à tâtons. Entre le II* et le IIP siècle, des communautés chrétiennes, colonies de Grecs d'Asie, s'établirent à Paris, à Lyon et à Vienne en Dauphiné ; mais elles ne prospérèrent pas, et tombaient en décadence quand, vers le milieu du IV® siècle, Fabien, évéque de Rome, y envoya une autre colonie de missionnaires latins. La nouvelle foi avait été un peu plus heureuse en Espagne. Mais les Italiens, au temps de Constantin, étaient encore plongés dans les ténèbres du paganisme; et cinquante ans plus tard les masses demeuraient fidèles au vieux culte. Les églises étant rares et éparpillées, les évêques de Rome purent se fortifier à leur aise et dominer sans rivaux ; et quand, vers le milieu du IV^ siècle, les églises de Milan, Aquilée et Ravenne surgirent, la réputation de Rome était

déjà faite Outre les avantages que nous avons

mentionnés, les papes avaient encore un privilège bien puissant, la richesse. Par là ils acquirent de

4i HISTOIRE DES FRANCS D'AUSTRASIE.

nombreuses clientèles dans la grande Grèce, en Sicile, en Sardaigne, dans TlUyrie, les Gaules, dans presque tout l'Occident * »

En effet, dès Tan 407 le pape Zozime avait établi un vicaire général pour le représenter auprès de l'Église des Gaules. Il avait conféré cette dignité à Patrocle, évéque d'Arles ; ce qui lui donnait la prééminence sur tous les autres évêques des Gaules; mais en 445, le pape Léon le Grand, effrayé des prétentions de saint Hilaire, alors évéque d'Arles, lui enleva le privilège que Zozime avait accordé à Patrocle. Vint alors l'invasion des Barbares, qui fut singulièrement favorable aux velléités d'indépendance de l'Église des Gaules. Ces circonstances expliquent comment il se fait que, sous les Mérovingiens, l'influence de la papauté se faisait si peu sentir dans les États des Francs.

« Dans le VP et au commencement du VIP siècle, dit M. Guizot, les relations des papes avec les rois francs furent fréquentes ; de nombreux monuments nous en restent, entre autres des lettres de Grégoire le Grand à Brunehault : et dans quelques occasions les rois francs eurent eux-mêmes recours à l'intervention de la papauté. Mais dans le cours du VIP siècle, par une multitude de causes assez complexes, cette intervention cessa presqu'entièrement. On ne

' Biographie de Fra Paolo Sarpi par A. Bianchi Giovini, traduite sur la seconde édition par N.-L. Van Nieuwkerke. (Ce dernier nom est un pseudonyme). Bruxelles et Leipzig, Lacroix, Verboeckhoven et C^", 4863.

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