‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 183 sur 200 · LIVRE XI» CUAPITRE XVÏl · texte numérisé non relu

LIVRE XI» CUAPITRE XVÏl

hommes avec des vivres pour plusieurs 'mois. La seule indemnité qu'ils pussent espérer dépendait du succès de leurs armes : il s'agissait de faire des prisonniers ou de recueillir une part de butin. Il y avait donc pour eux, d'un côté, des dépenses certaines et considérables, de l'autre, la possibilité de quelques profits éventuels. Ces guerriers, obligés à de grandes dépenses, exposés, par le fait seul de leur absence, à des pertes domestiques, en cherchaient le dédommagement avec avidité; ils ne pouvaient le trouver que dans le pillage ou dans la capture de quelques prisonniers dont ils se faisaient payer la rançon ou qu'ils attachaient à leur terre par les liens de la servitude \

Cette manière de se dédommager était une cause de ruine non-seulement pour l'ennemi , mais pour les populations des contrées que les soldats de l'empereur avaient à traverser. Les excès commis par les troupes, en marche, avant qu'elles fussent en présence de l'ennemi, sont constatés par une foule de documents. Ainsi, par exemple, Charlemagne écrit à Fulrad, abbé de Saint-Denys, à l'occasion de la guerre de Saxe : « Nous te recommandons expressément, afin que tu le fasses observer aux autres, de te rendre en bonne paix au lieu désigné, par le chemin le plus court, sans rien prendre à l'habitant, que l'herbe, le bois et l'eau dont tu auras besoin. Et que les hommes

* Hegewisch, Geschichte der Regierung Kaiser Karls des Grossen, secht. kap.

de chacun de ceux de votre bande marchent toujours avec les chariots et les cavaliers, et qu'ils ne les quittent jamais jusqu'au lieu du rendez-vous, afin que, dans l'absence du maître, ses hommes ne soient pas tentés de faire le mal ^ . »

Ces recommandations furent renouvelées dans la constitution de Maringo de l'an 825 : « Nous voulons porter à la connaissance de tous, y est-il dit, pour que personne ne l'ignore, que chacun devra répondre des faits de tous ceux qui marcheront avec lui, qu'ils soient à lui ou à d'autres, et qu'il sera tenu de réparer toutes les atteintes qu'ils pourront porter à la paix du royaume ; de telle sorte que le violateur de la paix soit d'abord convenablement puni, selon la qualité du crime, soit en notre présence, soit en présence de notre envoyé, et que le seigneur qui a eu le tort d'emmener avec lui un homme qu'il n'a pas voulu on n'a pas pu contenir, forcer à respecter nos ordres, et empêcher d'exercer des rapines dans notre royaume, soit privé de son honneur; et cela pour le punir de sa négligence, s'il ne l'a pas averti, ou pour le punir de ne lui avoir pas infligé une punition convenable, dès que la faute de son subordonné est parvenue à sa connaissance ; et de cette manière, ni l'un ni l'autre n'échappera à la juste punition qu'il a méritée ^. »

f KaroU M, Encyclica de placito gêner ali habendo, ann. 806; ap. Pertz» t. III, p. d43.

* Hloth. I, imp. Constitutiones in Maringo, ann. 8^.

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