‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 184 sur 200 · LIVRE XI, CHAPITRE XVU. îiSS · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE XVU. îiSS

Ces actes n ont pas besoin de commentaires ; ils sont assez éloquents par eux-mêmes. Ainsi non-seulement le service militaire était une cause de ruine pour ceux qui y étaient obligés, et tous les hommes libres se trouvaient dans ce cas ; mais le passage continuel d'hommes de guerre allant à l'armée ou en revenant, était un véritable fléau pour les habitants paisibles du pays qu'ils avaient à traverser.

Que devinrent dans ce désastre les hommes libres, ces fiers ingenui qui, chez les Francs, constituaient seuls la nation politique? Presque tous perdirent leur indépendance. Les plus heureux furent ceux qui réchangèrent contre la possession d'un bénéfice ; les autres, c'est-à-dire la masse, tombèrent dans la plus aff*reuse misère. Un grand nombre furent obligés, pour obtenir la nourriture et le vêtement, de se mettre au service d'autrui. On trouve une formule de ce genre de contrat dans la collection de Sirmond :

« Au magnifique seigneur un tel, moi un tel.

Comme il est notoirement à la connaissance de tous que je manque du nécessaire pour me nourrir et me vêtir, je me suis adressé à votre miséricorde, et j'ai pris la résolution de me placer sous votre mundeburd et de me recommander à votre protection ; ce que j'ai fait à condition que vous me fournissiez ma nourriture et mes vêtements à proportion du service que je vous ferai et du mérite de mon travail. Et moi, de mon côté, je m'engage à rester toute ma vie à votre service, en qualité d'homme libre, sans avoir jamais

la liberté de sortir de votre puissance et de votre mundeburgy mais de rester tous les jours de ma vie dans votre pouvoir et sous votre protection. Il est convenu que, si l'un de nous vient à manquer en quelque chose à ses engagements, il payera à l'autre tant de solidiy et l'engagement n'en subsistera pas moins. C'est pourquoi les parties ont jugé convenable de mettre ces conditions par écrit, en double expédition, mais dans une seule et même forme ; ce qu'ils ont fait *. »

Qu'on ne dise pas que c'était là un usage germanique; car nous avons déjà prouvé que cet usage existait dans la Gaule avant que les Francs eussent fait la conquête de ce pays. Voici du reste le témoignage de Salvien :

« Quelques-uns des hommes dont nous parlons, plus avisés, ou rendus plus avisés par la nécessité, dépouillés de leurs demeures et de leurs petits champs, ou chassés par les exacteurs, et ne pouvant plus y tenir, se rendent sur les terres des grands et deviennent colons des riches. Et comme ceux qui sont saisis d'effroi à l'approche des ennemis se retirent dans quelque fort, ou comme ceux qui, ayant perdu l'état honorable d'ingénu, s'enfuient désespérés dans quelque asile, de même les hommes dont je parle, hors d'état de conserver leur propriété et la dignité de leur origine, se soumettent au

< Sirmond., FormuL 44. Qui se alterius potestate commendau

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