‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 185 sur 200 · LIVRE XI, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE XVIII

joug de rhumble condition de colons : réduits ainsi à cette extrémité que les exacteurs les dépouillent non-seulement de leurs biens, mais de leur état, nonseulement de ce qui est à eux, mais d'eux-mêmes ; qu'ils se perdent eux-mômes en même temps que tout ce qui est à eux, n'ont plus de propriété et renoncent au droit de la liberté *. »

Il est évident, d'après cela, que l'usage de renoncer à sa dignité d'homme libre, et de se mettre au service d'un autre, soit pour en obtenir un bénéfice, soit seulement pour être nourri et vêtu, était en vigueur dans la Gaule avant l'occupation de ce pays par les Francs ; que par conséquent son origine est romaine. Ce fait est encore un de ceux qu'il est utile de constater. Lorsque les Francs adoptèrent cet usage, ils étaient donc tombés dans l'état de dégradation où ils avaient trouvé les populations gauloises au moment de la conquête.

XVIII. — M. Guizot a peint avec tout le talent qu'on lui connaît, l'état de la population agricole de la Gaule au cinquième siècle et le changement qui eut lieu dans sa condition, par suite de l'invasion'des Barbares ^; mais il n'a rien dit dç l'état de la population agricole du pays des Francs, ni du changement qui fut accompli dans la condition des peuples germains par suite de la conquête. Or, chez les Francs la population tout entière était agricole, et là une

1 SalYian., De gubemat Dei, lib. V.

* Histoire de la civilisation en France, t. IV, leç. 8*

révolution complète fut opérée par reffet de la réaction gallo-romaine. Il sera peut-être assez piquant, avant de terminer cet ouvrage, de mettre en parallèle quelques-unes des conséquences qui résultèrent pour les deux peuples du fait de leur union forcée.

Au moment de la conquête et lorsque les Barbares s'établirent définitivement sur le territoire romain, ils trouvèrent presque tous les habitants des campagnes réduits à l'état de colons. Nous avons vu d'ailleurs par le testament de Saint-Remi, que les esclaves n'y manquaient pas non plus, et que le christianisme n'avait rien fait pour en diminuer le nombre. M. Guizot s'est efforcé de démontrer que les colons n'étaient pas des esclaves ; qu'ils en différaient essentiellement et par plusieurs caractères * : d'abord ils pouvaient contracter un véritable mariage, un mariage légal ; ensuite ils étaient admis à servir dans les armées romaines ; enfin ils étaient capables de propriété, leur peculium leur appartenait, sauf qu'il leur était interdit d'en disposer sans le consentement de leur maître ^. Ils ne ressemblaient aux esclaves que par la servitude et par les fers dont on pouvait les charger !....

La loi romaine disait : « Que les colons soient liés

* Histoire de la civilisation en France, t. III, leç. 7.

< Cum enim ssepissime decretum sit, ne quid de peculio suo cuiquam colonorum ignorante domino prsedii, aut vendere, aut alio modo alienare liceret. {Lex % God. Just., lib. XI, tit. 49, in quibus causis coloni.)

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