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LIVRE XI, CHAPITUE XVIII

par le droit de leur origine ; et quoique, par leur condition, ils paraissent des ingénus, qu'ils soient tenus pour serfs de la terre sur laquelle ils sont nés ^ . — Que les colons soient attachés à la glèbe, de telle sorte qu'ils ne puissent en être emmenés, même un moment 2. — Il convient que désormais les colons qui auront médité de s'enfuir soient chargés de fers, à la façon des esclaves '. — Si un colon se cache, ou s'efforce de se séparer de la terre où il habite, qu'il soit considéré comme ayant voulu se dérober frauduleusement k son patron, ainsi que l'esclave fugitif *. — Quant aux esclaves et aux colons, l'admonition de leurs maîtres et des flagellations répétées les détourneront de cette perverse foi (l'hérésie des donatistes) ^. »

Ces quelques détails suffiront, pensons-nous, pour constater l'état de la population agricole de la tïaule avant l'invasion des Barbares. Voyons maintenant quel changement cette invasion amena dans la condition des colons. M. Guizot ne doute pas qu'elle fut beaucoup plus malheureuse et plus précaire qu'elle

( ipsi quidem (coloni) originario jure teneantur; et licet conditione videantur ingenui, servi tamen terrse ipsius, cui nati sunt, existimentur. {Lex un, Cod., lib. XI, tit. 51, de colonie thracensibtts,)

* Quos ita glebis inhœrere pnecipimus, ut nec puncto quidem temporis debeant amoveri. (L. 15» God., lib. XI, tit. 47, de agric. et cens.)

* Cod, Theodos,, lib. V, tit. 9, 1. 1.

* Et si se celaverit, vel separare se conatus fuerit, secunduin exeroplum servi fugitivi sese diutinis insidiis furari intelligatur. (L. 23, God. Just. lib. XI, tit. 47.)

» Cod. Theod.y lib. XVI, tit. 5, 1. 52.

ne Favait été sous l'administration romaine. « La population des campagnes, dit-il, avait à soufihrir plus qu'aucune autre de la violence et de l'anarchie sans cesse renaissante.... * » Ce sont là des assertions que rien ne prouve. La violence et l'anarchie avaient été telles, dans les derniers temps de la domination romaine, qu'il est bien difficile de concevoir qu'on ait pu les porter à un plus haut degré. Cependant M. Guizot, tout en reconnaissant que les colons demeurèrent à l'égard des nouveaux propriétaires à peu près dans la même relation qu'ils soutenaient avec les anciens, indique deux causes qui devaient, suivant lui> modifier notablement leur situation.

La première, c'est que les Francs, qui n'avaient qu'un petit nombre d'esclaves domestiques, et qui faisaient cultiver leurs terres par des colons libres, appelés litU une fois transportés sur le sol romain, durent saisir assez mal la distinction des colons et des esclaves : « Tous les hommes employés à la culture de la terre durent être pour eux des colons ; et les deux classes se confondirent souvent dans leurs actions comme dans leurs idées. Les colons y perdirent peut-être, les esclaves proprement dits y gagnèrent.... ^. »Nous comprenons en effet que cette confusion des deux classes dût être favorable aux esclaves, dont le sort fut amélioré ; mais nous ne voyons pas en quoi elle put être nuisible aux

) Hist. de la civilis. en France, t. IV, leç. 8. * Ibidem,

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