‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 187 sur 200 · LIVRE XI, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE XVIII

colons, surtout s'il est vrai que les Francs les aient assimilés à leurs lites, qui n'étaient nullement attachés à la glèbe.

La deuxième cause par laquelle la condition des colons fut profondément atteinte, selon M. Guizot, c'est que sous les Romains ils avaient deux maîtres à satisfaire: ils dépendaient du propriétaire, en tant que cultivateurs et attachés au sol, et du gouvernement, en tant que citoyens et incorporés dans l'État. Après l'invasion des Barbares, ils dépendirent du propriétaire seul et sous tous les rapports. Pour trouver les funestes effets de cette cause, M. Guizot est obligé de descendre jusqu'à l'époque féodale et de supposer, ce qui est en question, que la féodalité fat l'œuvre des Francs. Il nous indique cependant un efTet immédiat, un seul : c'est la suppression de la capitation qui était imposée aux colons par l'administration romaine. Or, cette capitation, voici en quelç termes il la définit dans son volume prér cèdent :

a Indépendamment de la rente qu'ils payaient au propriétaire du sol, les colons étaient assujettis envers l'État à une taxe moins fixe et plus ancienne . Les deux grandes contributions de l'empire romain, pour le dire en passant, étaient une contribution foncière et une contribution personnelle. La contribution foncière était payée par les propriétaires, et la contribution personnelle, ou capitation, par tous les habitants du territoire. C'était au propriétaire

•Jî UISTOIRE DES FBANCS D ALSTKASIE.

foncier que FÉtat demandait la capitation; en lui adressant ce que nous appellerions la cote de sa taxe îonciëre, on y joignait le tableau de la capitation due }*ar les habitants de ses domaines; il en faisait l'avance et la recouvrait ensuite à ses risques et périls. Or, la capitation alla toujours croissant, et fut, soit de la part de l'État envers les propriétaires, soit Je la part des propriétaires envers les colons, la .^ource de vexations intolérables ^. »

Comment M. Guizot a-t-il pu trouver dans la supjnession de cet impôt une cause d'aggravation du .sort des colons? C'est, comme nous l'avons dit, eu descendant jusqu'à l'époque féodale, et en supposant (]ue la capitation fut remplacée par la taille, laquelle était réglée et augmentée par le seigneur selon son bon plaisir. Slais s'il en est réellement ainsi, s'il est vrai que la capitation fut remplacée par la taille, il laut en conclure, nous semble-t-il, que celle-ci dut son origine aux Romains, qu'elle ne fut point importée par les Barbares, et que par conséquent il est injuste d'attribuer à l'invasion des Francs tout ce que cet impôt a pu avoir de vexatoire pour les colons de la Gaule.

En somme donc, rien ne prouve que le sort de la population agricole de la Gaule fut aggravé par l'invasion ; il y a au contraire beaucoup de raisons pour croire qu'elle fut améliorée. Voyons maintenant si

1 Hi$t, de la civUis, en France, t. ill, leç. 7.

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