‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 188 sur 200 · LIVRE XI, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE XIX

Ton peut en dire autant des populations de race germanique auxquelles la réaction gallo-romaine apporta les bienfaits de la civilisation et du christianisme.

XIX. — On sait que dans le pays des Francs la population agricole se composait de deux classes d'hommes, les ingenui et les liti. Nous n'avons plus à nous occuper des premiers; nous n*avons que trop vu comment ils perdirent leur indépendance, leur liberté, leurs biens. Les liii furent-ils plus heureux? C'était primitivement une classe d'hommes libres qui, dépourvus de propriétés foncières, cultivaient moyennant redevance, la terre d'autrui. Ils avaient leur habitation particulière, leur famille; ils pouvaient acquérir des biens en propre et en disposer. Rien ne les empêchait d'abandonner la terre du maître, lorsqu'ils le jugeaient convenable. En un mot, les lites étaient des colons libres... La réaction gallo-romaine les transforma en colons esclaves. Il suffit pour cela de l'introduction des monastères dans le pays des Ffancs. Ces communautés vivant sous la loi romaine apportèrent l'usage du colonat romain. Le lite qui passait sur une terre de l'Église devenait colon, comme Tingénu qui recevait un bénéfice devenait vassal ; de sorte que peu à peu les classes entières des ingénus et des lites devaient se transformer et disparaître. Ce résultat était d'autant plus inévitable que les Francs établis dans la Gaule romaine possé* daient peu de propriétés allodiales et n'avaient que des colons esclaves, la condition de lites étant

inconnue hors des pays germains. Lors donc qu'ils obtenaient des bénéfices dans la patrie de leurs aïeux, ils y venaient avec les usages de la vassalité et du colonat.

En nous occupant de la situation de la Gaule sous les Romains, nous avons fait remarquer que les colons étaient soumis à un impôt personnel qu'on appelait humana capitatio, et qui variait au gré du gouvernement, n était devenu si lourd dans tes derniers temps de l'empire, que colons et possesseurs abandonnaient leurs terres et cherchaient un refuge dans l'esclavage. Cet impôt fut supprimé par les Barbares. Chez les Francs, les lites ne payaient point d'impôts ; mais quand l'Église devint prépondérante, on institua la dîme ecclésiastique qu'on imposa aux litefs et aux colons indistinctement. En sorte que, sous ce rapport, la condition des colons gaulois, qui avait été améliorée au moment de la conquête, redevint ce qu'elle était antérieurement ; tandis que la condition des lites germains fut considérablemem aggravée. Ils eurent à payer la dlme féodale, qui remplaçait pour eux l'ancienne redevance, et en outre la dîme ecclésiastique. Mais ce n'est pas tout encore ; il faut ajouter à ces charges les corvées caroperariœ et manoperariœ, auxquelles ils furent assujettis cinq jours par semaine, comme le constate le polyptique de l'abbaye de sâint-Maure-^les-fossés. Et puis enfin, ils devinrent gens de main-morte, de poursuite, de for-mariage, taillables à merci, lorsque la souveraineté fut réunie

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