LIVRE XI, CHAPITRE XX
à la propriété dans les mains de leurs maîtres.
XX. — Ce parallèle des maux soufferts par les populations agricoles des deux races est fort incomplet sans doute; mais il suffit à démontrer combien sont injustes les écrivains français qui ne cessent de récriminer contre les Francs et qui leur attribuent toute Torganisation sociale du moyen-âge. Ce sont les passions politiques, si vives en France, qui ont faussé les notions de cette partie de l'histoire. La noblesse du siècle dernier a eu la sottise de se croire descendue en ligne directe des compagnons de Ghlovis, et de s'en vanter ^ De là des haines de race qui n'ont de fondement que dans l'imagination de ceux qui les excitent. Ce fut en 1789 surtout que ces haines éclatèrent. Voici comment elles furent exprimées dans un écrit célèbre :
« Que si les aristocrates entreprennent au prix même de cette liberté dont ils se montreraient indignes, de retenir le peuple dans l'oppression, il osera demander à quel titre. Si l'on répond : à titre de conquête, il faut en convenir, ce sera vouloir remonter un peu haut ; mais le tiers-état ne doit pas craindre de remonter dans les temps passés ; il se reportera à l'année qui a précédé la conquête, et puisqu'il est aujourd'hui assez fort pour ne pas se laisser conque-
< Cette prétention était d'autant plus ridicule que les mœurs de la noblesse française et la légèreté des dames du grand monde ne présentaient aucune garantie de filiation légitime. Combien de nobles n'étaient-ils pas fils du cocber de leur père?
rir, sa résistance sans doute sera plus eflRcace. Pourquoi ne renverrait-il pas dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d'être issues de la race des conquérants et d'avoir succédé à des droits de conquête? La nation épurée alors, pourra se consoler, je pense, d'être réduite à ne plus se croire composée que des descendants des Gaulois et des Romains. En vérité, si l'on tient à distinguer naissance et naissance, ne pourrait-on pas révéler à nos pauvres concitoyens que celle qu'on tire des Gaulois et des Romains vaut au moins autant que celle qui viendrait des Sicambres, des Welches et autres sauvages sortis des bois et des marais de l'ancienne Germanie? Oui, dira-t-on; mais la conquête a dérangé tous les rapports, et la noblesse a passé du côté des conquérants. Eh bien ! il faut la faire repasser de l'autre côté; le tiers redeviendra noble en devenant conquérant à son tour *. »
Dans ces derniers temps, nous avons vu, en France, un véritable historien, un homme grave, sérieux, ordinairement froid et impartial, se laisser entraîner par les préoccupations de la politique dans le même ordre d'idées. M. Guizot écrivait ceci en 1830 :
ce La révolution a été une guerre, la vraie guerre, telle que le monde la connaît entre peuples étrangers.
1 Qu'eti-ce que U tiers? par Tabbé Sieyès, p, 70 de Tédit. de 4SâO.