‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 20 sur 200 · LIVRE VI, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XIII

trouve de Grégoire le Grand à Grégoire II (de Tan 604 à Tan 718), à peu près aucune lettre, aucun document qui prouve quelque correspondance entre les maîtres de la Gaule franque et la papauté. Le prodigieux désordre qui régnait alors dans la Gaule, l'instabilité de tous les royaumes, de tous les rois, y contribuèrent sans doute : personne n'avait le temps ni la pensée de contracter ou de suivre des relations aussi lointaines ; toutes choses se décidaient brusquement, sur les lieux, par des motifs directs et prochains. Au-delà des Alpes régnait à peu près le même désordre : les Lombards envahissaient Tltalie, menaçaient Rome ; un danger personnel et pressant retenait dans le cercle de ses intérêts propres l'attention de la papauté. D'ailleurs la composition de l'épiscopat des Gaules n'était plus la même ; beaucoup de Barbares y étaient entrés, étrangers à tous les souvenirs, à toutes les habitudes qui avaient longtemps lié les évéques gaulois à celui de Rome. Toutes ces circonstances concoururent à rendre presque nulles les relations religieuses de Rome et de la Gaule *. »

XIII. — Il s'opéra sous ce rapport un changement considérable, lorsque Charles Martel fut à la tête du gouvernement des Francs. C'est l'époque où l'hérésie des iconoclastes ou briseurs d'images souleva contre l'empereur d'Orient toute la partie de l'Italie

^ Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. II, lO™» leç.

qui lui était encore soumise. Le 7 janvier 730, l'empereur Léon risaurien proscrivit par un décret solennel toutes les images et les représentations soit de la divinité soit des saints, comme des monuments d'idolâtrie, et ordonna de les renverser dans toute l'étendue de son empire. Cette innovation produisit un grand soulèvement parmi les Italiens ; tout en conservant les images des saints, ils brisèrent celles de l'empereur. Celui-ci voulut les châtier ; il envoya contre eux une flotte qui fit naufrage dans la mer Adriatique. Il tenta, mais vainement, de faire assassiner le pape Grégoire II. Cette tentative fut pour ainsi dire le principe de la souveraineté acquise peu de temps après par les papes. Les Romains prirent le parti de leur évêque, chassèrent les officiers impériaux et constituèrent une sorte de gouvernement républicain dont le pape devint le chef; il eut dèslors la surintendance et l'inspection générale sur la ville et le duché de Rome. L'empereur eut beau se fâcher ; Grégoire II lui écrivit : « Vous croyez nous épouvanter, en disant : j'enverrai à Rome briser l'image de saint Pierre, et j'en ferai enlever le pape Grégoire, chargé de chaînes, comme Constantin fit à Martin. — Sachez que les papes sont les médiateurs et les arbitres entre l'Orient et l'Occident. Nous ne craignons pas vos menaces. A une lieue de Rome, vers la Campanie, nous sommes en sûreté *. »

* Concil. gêner., t. VII, p. 49.

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