‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 21 sur 200 · LIVRE VI, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XIII

On conçoit aisément que dans cette situation le pape ait voulu chercher un appui du côté de TOccident. Ce sont les missionnaires anglo-saxons, envoyés pour convertir les peuples germains, qui préparèrent Talliance des princes carolingiens avec le pontife de Rome. Nous avons déjà parlé de saint WillJbrord : il avait été sacré évéque ou archevêque à Rome, lorsque Charles Martel Taida à conquérir un siège épiscopal dans le pays des Frisons. Après lui, le moine anglo-saxon Winfried, plus connu sous le nom de saint-Boniface, fut sacré évéque par Grégoire IL Le pape lui fit prêter à cette occasion un serment qui n'était en usage que pour les évêques soumis au pouvoir immédiat de l'archevêque de Rome. La formule de ce serment nous a été conservée ; c'est un document du plus haut intérêt ; la voici textuellement :

ce Moi Boniface, évéque par la grâce de Dieu, je promets à toi, bienheureux Pierre, prince des apôtres, et à ton vicaire, le bienheureux Grégoire, et à ses successeurs, par le Père, le Fils et le Saint- Esprit, trinité sainte et indivisible, et par ton corps sacré, ici présent, de garder toujours une parfaite fidélité à la sainte foi catholique ; de demeurer, avec l'aide de Dieu, dans l'unité de cette foi, de laquelle dépend, sans aucun doute, tout le salut des chrétiens ; de ne me prêter, sur l'instigation de personne, à rien qui soit contre l'unité de l'église universelle, et de prouver en toutes choses ma fidélité, la pureté

48 HISTOIRE DES FRANCS DAUSTfiASIE.

de ma foi et mon entier dévoûment à toi, aux intérêts de ton Église, qui a reçu de Dieu le pouvoir de lier et de délier, à ton vicaire susdit et à ses successeurs *. Et si j'apprends que des évéques agissent contre les anciennes règles des saints Pères, je m'engage à n'avoir avec eux ni alliance ni communion ; bien plus, à les réprimer, si je le peux; sinon, j'en informerai sur-le-champ mon seigneur apostolique. Et si (ce qu'à Dieu ne plaise ! ) je me laissais jamais aller, soit par mon penchant, soit par occasion, à faire quelque chose contre mes dites promesses, que je sois trouvé coupable lors du jugement éternel, que j'encoure le châtiment d'Ananias et de Saphire, qui osèrent vous abuser et vous dérober quelque chose de leurs biens. Moi Boniface, humble évéque, j'ai écrit de ma propre main cette attestation de serment, et, la posant sur le corps très-sacré du bienheureux Pierre, j'ai, ainsi qu'il est prescrit, prenant Dieu pour témoin et pour juge, prêté le serment que je promets de garder ^. »

Déjà à l'époque de la bataille d'Amblève, Boniface

* Promitto ego Bonifacius Dei gratia episcopus tibi, béate Petre apostolorum princeps, vicarioque tuo beato Gregorio papœ et successoribus ejus... me omnem fidem et puritatem sanctae fidei catholicae exhibere et in uuitate ejusdem fidei... persistere... nullo modo me contra unitatem communis et universalis ecclesiœ suadente quopiam consentire, sed, ut dixi, fidem et puritatem meam atque concursum tibi et utilitatibus tuae ecclesise, cui a domino Deo potestas ligandi sohendique data est, et prssdicto vicario tuo atque successoribus ejus per omnia exhibere, etc. (Wurdtwein, p. 20.)

* Guizot, Histoire de la civilisation en France, iO^^ leç.

Page 1