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LIVRE VI, CHAPITRE XIV

la Frise, où il rencontra saint Willibrord. Ils travaillèrent ensemble à l'œuvre de propagande à laquelle ils s'étaient voués. Boniface fît venir de la Grande-Bretagne un nombre considérable de prêtres et de religieux pour leur servir d'auxiliaires ; nous avons déjà vu qu'il reçut un secours beaucoup plus efficace, ce fut celui de Charles Martel, qui s'empara du duché des Frisons et détruisit leurs idoles.

XIV. — Des destinées plus glorieuses encore étaient réservées à saint Boniface. C'était sur lui que comptait le pontife romain pour l'aider à établir l'unité dans l'Église d'Occident. M. Guizot a décrit les symptômes de scission qui depuis longtemps s'étaient manifestés dans le sein de cette Église. Les métropolitains, qui avaient la direction de tous les diocèses de leurs provinces, tendaient à se rendre indépendants. Cette tendance fut combattue par la politique des papes, qui, pour maintenir l'unité, s'efforcèrent de miner le pouvoir des métropolitains. Ils trouvèrent des auxiliaires dans les évéques des diocèses, qui ne se souciaient pas d'avoir un supérieur aussi rapproché d'eux, et qui aimaient mieux avoir pour métropolitain général l'évéque de Rome. En butte tout à la fois aux hostilités des évêques et à celles du chef de l'Église les métropolitains déclinèrent de jour en jour; les évéques refusèrent d'obéir à leurs injonctions et d'écouter leurs conseils ; les fidèles, de recourir à leur intervention. Du sixième au huitième siècle, suivant M. Guizot, les métropolitains tom-

bèrent de chute en chute, si bien qu'à l'avènement des Carolingiens, ils n'existaient presque plus *.

Le résultat de ce système devait être et fut réellement, non d'assurer l'unité de l'Église, mais d'y introduire l'insubordination et le désordre. La pureté de la foi tendait à se perdre ou à s'altérer ; les mœurs du clergé se corrompaient ; la plupart des prêtres étaient mariés, d'autres vivaient en concubinage et avaient plusieurs femmes. En Austrasie le culte était défiguré; il en était de même en Neustrie, où certains évêques professaient des doctrines hérétiques et où depuis longtemps il n'avait plus été tenu de concile *. En un mot, l'Église marchait à grands pas vers sa dissolution. Ce fut le pape Grégoire III, aidé par saint Boniface, qui l'arrêta sur cette pente dangereuse.

Grégoire appela Boniface à Rome, en 731, et lui décerna le pallium d'archevêque, en lui donnant le pouvoir de créer des évêchés, de sacrer des évêques et de faire toutes les réformes qu'il jugerait utiles aux intérêts de l'Église . Il fut enjoint aux évêques de Bavière et d'Allemanie de le considérer comme représentant de l'évêque romain, chef de l'Église chrétienne, d'obéir à ses instructions et de se réunir

* Guizot, Histoire de la civilisation en France, i3« leç.

* Modo autem maxima ex parte per civitates episcopales sedes traditœ sunt laicis cupidis ad possidendum vel adulteratis clericis, scortaroribus et publicanis ssculariter ad pcrfruendum. (Epist, Bonifacii, ap. Wurdtwein, LI, p. i07.)

» Wurdtwein, XXV, p. 65.

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