‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 25 sur 200 · LIVRE YI, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE YI, CHAPITRE XV

roi. Luitprandf qui ne s'attendait pas à cette visite» reçut le pontife romain avec une surprise mêlée de respect. Grégoire était éloquent; il lui rappela avec dignité et énergie les promesses qu'il lui avait faites précédemment d'embrasser la cause de TÉglIse. Il lui peignit les maux qui allaient résulter de son inique entreprise. Il l'exhorta, le pria, le conjura d'y renoncer, de revenir aux sentiments honorables qu'il avait professés jusqu'alors. Ce ne fut pas en vain. Jamais conversion ne fut plus subite ni plus complète. Luitprand est tellement ému, qu'il se jette aux pieds du souverain pontife, confesse sa faute, se rend avec le pape à l'église de saint Pierre, et après y avoir reçu la communion, dépose son glaive, son armure, son manteau, son sceptre d'argent, sa couronne d'or sur le tombeau du saint apôtre, et jure de ne jamais souffrir qu'il soit fait la plus légère offense ni à l'Église, ni à son chef ^.

Malgré ce prodigieux succès^ les papes ne se dissimulaient point combien leur position était cri* tique. Ils ayaienit non seulement à se défendre contre les Lombards; mais encore à se rendre indépendants du gouvernement iconoclaste de Gonstantinople. Pour atteindre ce double but, ils avaient besoin d'un auxiliaire puissant et qui ne fût pas dangereux pour leur liberté. Cet auxiliaire, Grégoire III le chercha dans le royaume des Francs, en s'adressant à Charles

t Histoire de i'tmpereurCharternagne, traâttction libre de rallemand du professeur Hegewisclt. Paris, 180$, p. iSd et sui?.

Martel. Il lui envoya deux ambassades successives, pour lui demander son appui contre les Lombards ; il lui offrait de renoncer à Tallégeance de l'empire d*Orient, et de se mettre sous sa protection ^.

Le pape, dans une des lettres alors remises à Charles Martel ^, s'exprimait ainsi : <c Nous succombons sous le poids du chagrin, nos yeux versent des larmes en voyant l'Église abandonnée par ceux de ses enfants qui devraient surtout la défendre. Et comment ne pas se sentir pénétré de douleur au spectacle des déprédations commises par les rois des Lombards, Luitprand etHildebert? Nous possédions le territoire de Ravenne, dont le modique revenu était consacré à la subsistance des pauvres et à Fentretien du luminaire des églises, ils l'ont envahi et livré au pillage. Rome n'est pas à l'abri de leurs insultes; ils se sont avancés jusque sous ses murs, et ont incendié des maisons données à saint Pierre.

» Et cependant au milieu de tant de tribulations, nous n'avons encore reçu de vous, notre excellent fils, aucun secours, aucune parole de consolation. Vous écoutez les princes qui travaillent à notre ruine, vous croyez à leurs mensonges et doutez de nos rapports.

^ Eo pacto patrato, ut ad partes (a partibus) imperatoris recederet, et Romanorum consulatum prsfato principi Carolo sanciret. (Fredeg. cont., c. 440.)

* On trouYC ces lettres dans le Codex carolinus de Cenni, t. I, p. 49 et suiT., et dans le RecueU des historiens de France, t. V, p. 484 et suit.

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