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LIVRE VI, CHAPITRB XVI

» Dieu veuille ne pas vous punir de ce péché. Mais que ne vous est-il possible d*entendre ces princes orgueilleux : « Où est ce fameux Karl dont » vous avez imploré le secours? disent-ils. Où sont » ces formidables armées des Francs? Qu'elles vien- » nent donc vous défendre, si elles l'osent! »

» Il est bien triste, mon cher fils, de voir un enfant de l'Église si peu zélé pour sa cause. Certes le successeur de saint Pierre, ministre de la puissance de Dieu, est assez fort pour protéger sa maison et son peuple ; mais il veut connaître quels sont en ces temps difficiles les enfants qui lui restent fidèles. Les rois des Lombards vous trompent, ne

les croyez donc pas Hâtez-vous de nous secourir,

de nous consoler, de faire éclater votre foi et d'accroître ainsi votre renommée par toute la terre *. »

Charles Martel reçut les lettres du pape avec joie, mais elles arrivaient trop tard. Déjà le héros avait déposé ses armes ; il touchait à la fin de sa carrière. Néanmoins il envoya à Rome Sighebert, religieux de Saint-Denis et Grimon, abbé de Corbie, pour assurer le pontife de son dévoûment. Ces deux députés eurent avec Luitprand une entrevue qui contribua à inspirer au prince lombard des dispositions plus pacifiques.

XVL — Avant de quitter ce monde, Charles Martel voulut régler sa succession. Les Francs n'avaient plus de roi depuis l'an 737 ; lui seul était leur prince.

* Traduction de M. Amédée Gouet, Histoire nationale de France, t. I, p. 319.

Il les convoqua en assemblée générale dans Tabbaye de Saint-Denis, et <l'accord avec eux, il partagea ses États entre ses deux fils, Garloman et Pépin dit le Bref, l'un et l'autre issus de son premier mariage. Il ne laissa à Grifon, le fils de Zwanehilde, que des territoires disséminés dans les États de ses frères ^ . Garloman eut TAustrasie, y compris la Thuringe et la Souabe, où il y avait cependant un duc particulier; Pépin eut la Neustrie, la Bourgogne et la Provence ^. Il n'est fait mention dans ce partage ni de la Bavière, ni de l'Aquitaine : ces pays étaient gouvernés par des ducs plus ou moins indépendants, mais soumis à la suzeraineté du roi.

Charles Martel mourut au château de Quierzy, dans le diocèse de Soissons, à peu de distance de l'Oise, le 21 octobre 741. Son corps fut inhumé dans le parvis de l'église de Saint-Denis. Il avait passé toute sa vie dans les camps, au milieu de ses soldats ; il fit la guerre pendant vingt-sept années, sans qu'on puisse dire dans quelle partie de ses États il avait fixé le siège de son gouvernement. C'était incontestablement un héros, mais il fut surtout le héros de

^ Partem in medio principatus sui tribuit, partem videlicet aliquam Neustriœ psrtemque Austriœ et Burgundiœ. (Annales Mettenses, ap. Pertz, p. 327.)

* Igitur memoratus princeps, consilio optimatum suoram expetito, filiis suis régna dividit. Itaque primogenito suo Carlomtnno nomine Auster et Suaviam, quse nunc Alamannia dicitur, atque Thoringiam tradi> dit. Alterum vero seeundum filium Pippinum nomine Burgundiœ, Neuster et ProYinciœ prœfecit. (Fredeg, cont., c. ilO.)

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