LIVRE VI, CHAPITRE XVI
rÉglise. Il était en relation continuelle avec le pape qui ne cessait de lui écrire pour les affaires de la mission de Germanie. L'efficacité de Fappui qu'il prêta aux missionnaires chrétiens n'est aucunement douteuse, puisque saint Boniface écrivait à Grégoire III : c< Sans la protection du prince des Francs» je ne pourrais ni gouverner le peuple, ni défendre les prêtres, les moines et les servantes de Dieu, ni empêcher Texercice des cérémonies païennes et de ridolâtrie dans la Germanie *. De son côté, Grégoire écrit à Boniface : « Nous rendons grâce à Dieu de ce que nous apprenons par vos lettres, que vous avez converti en Germanie jusque à cent mille âmes, avec le secours de Charles, prince des Francs ^. »
S'il est vrai que Charles Martel disposla des biens ecclésiastiques pour récompenser ses soldats, cela n'empêcha point les missionnaires de l'Église de s'enrichir. Saint Willibrord, par exemple, fut comblé de biens. Son testament est une pièce curieuse, en ce qu'elle fait connaître l'immense fortune acquise en peu de temps par ce pauvre moine venu de l'étranger sans jun sou vaillant. Le testateur nous apprend d'abord qu'indépendamment de ce qu'il avait reçu du
i Nam sine patrocinio principis Francorum nec populum regere, nec presbyteros vel diaconos, monachos vel ancillas Dei defendere possum, nec ipsos paganornm ritus et sacrilegia idolorum in Germania sine illius maû-
dato et honore prohibere valeo timeo majus damnum de prasdicatione,
quam populis impendere debeo, si ad priucipem Francorum non venero. (Wttrdtwein, XI, p. 32.)
* Sirmond. Concil, II, p. 527.
seigneur Pépin, de sa femme Plectrude et de son fils le seigneur Karl, plusieurs ingenui franci lui ont fait des donations de terres et d'esclaves. Il fait ensuite rénumération de tous les biens acquis de cette manière. En première ligne se trouve une église située à Anvers, qui lui a été donnée par un nommé Rothing (Rohingus), en même temps que les terres de Boecholt, de Wyneghem et de Voghelaer, Quant à l'église, la charte de donation, qui se trouve dans la collection de Mirgeus, nous fait connaître son origine. Construite vers l'an 642 par saint Amand, elle fut cédée plus tard, par un certain abbé Firmin, à Yingenuus Rothing qui donna en échange sa terre de Deurne, près d'Anvers ; et puis, en 725 ou 726, Rothing et sa femme Bebeline, voulant obtenir la rémission de leurs péchés, donnèrent cette église à saint Willibrord, et ils eurent soin d'y joindre les appendices décrits en ces termes dans la charte de donation : « Les terres, maisons, édifices, les colons {accolabus) et les esclaves; les manoirs, bois, champs, prés, pâturages; les étangs et cours d'eau ; les dépendances et les appendances, ainsi que tout ce qui s'y rapporte, les fariniers, les troupeaux avec leurs pâtres, les meubles et immeubles, et généralement tout ce qui y appartient aux donateurs, de quelque manière qu'ils l'aient acquis ^. »
> Mir. Op. diplom., 1. 1«', p. iO.