LIVRE VU» GHAPITRE I
Le premier objet dont on s'occupa ddns ce concile fut la conservation des propriétés de l'Église; on résolut de chasser des couvents et des bénéfices ecclésiastiques les faux prêtres, les diacres et clercs adonnés à la débauche, de les dégrader et condamner à la pénitence. Il fut solemnellement décrété qu'on restituerait aux églises tous les biens dont elles avaient été dépouillées ^ . On décida ensuite que les serviteurs de Dieu auraient à obéir en toutes choses à leur évéque. Il leur fut défendu de porter des armes et de combattre, même de suivre l'armée, si ce n'est en nombre strictement nécessaire pour assurer le service du culte *. On leur défendit aussi, sous des peines sévères, de se livrer au plaisir de la chasse ou autres exercices mondains. Les évéques furent chargés de veiller à la stricte observation de ces commandements, de concert avec les comtes, qualifiés défenseurs de l'Église '.
La manière dont Boniface rendit compte de ce con-
* Et fraudatas pecunias ecclesiarum ecclesiis restitniBius et reddidimas. Falsos presbiteros et adolteros vel fornicatores diaqpnos et clericos de pecaniis ecclesiarum abstulimus et degradavimus. (Pertz, Leges, t. I, p. 16.) M. Waitz fait remarquer que par le mot pecuniœ on entendait les biens de l'Église. {DetUsche V&ffassungsgescbicfUe, L HI, p. 83.)
> Servi Dei per omnia omnibus armaturam portace vel pugnare aut in hostem pergere omnino prohibimus, nisi illi tantummodo qui propter dmnum mysterium, missarum sciHcet solemnia adimplenda et sanctomm patrocinia portan^a, ad hoc electi sunt, ii est unum vel dnos cum capellanis prssbiteris princeps secum habeat, et unusquisque prsceptus unum presbiterum, qui hominibus peecata confitentibus judicare et indicare pœnitentiam possint^ {Ibidem, ç. S.)
* Adjuvante gravione, qui defensor ecclesis sit. Ibid., c 5«
cile au pape met au grand jour une autre face de l'œuvre : « Dans notre réunion synodale» nous avons déclaré et décrété que nous voulions garder jusqu'à la fin de notre vie la foi et l'unité catholique, et la soumission envers l'Église romaine, saint Pierre et son vicaire ; que nous rassemblerions tous les ans le synode ; que les métropolitains demanderaient le pallium au siège de Rome, et que nous suivrions canoniquement tous les préceptes de Pierre, afin d'être comptés au nombre de ses brebis. Et nous avons tous consenti et souscrit cette profession, et nous l'avons envoyée au corps de saint Pierre, prince des apôtres ; et le clergé et le pontife de Rome l'ont reçue avec joie... Si quelque évoque ne peut corriger ou réformer quelque chose dans son diocèse, qu'il en propose la réforme dans le synode, devant l'archevêque et tous les assistants, ainsi que nous avons nous-mêmes promis avec serment à TÉglise romaine que, si nous voyions les prêtres et le peuple s'écarter de la loi de Dieu, et si nous ne pouvions les corriger, nous en informerions fidèlement le siège apostolique et le vicaire de saint Pierre, pour faire accomplir la dite réforme. C'est ainsi, si je ne me trompe, que tous les évêqves doivent rendre compte au métropolitain, et celui-ci au pontife de Rome, de ce qu'ils ne réussissent pas à réformer parmi les peuples. Et ainsi ils n'auront pas sur eux le sang des âmes perdues ^. »
1 Wurdtwein, S. Bonifacii epist., il8; traduction de M. Guizot, dans son Histoire de la civilisation en France, 49* leçon.