LIVRE VII, CHAPITRE H
Les évêques réunis au premier concile de Germanie s'étaient donc formellement soumis à la papauté ; de plus, ils avaient affirmé le pouvoir des métropolitains, et pour mieux garantir Teffet de leurs résolutions, ils avaient décrété que dorénavant il y aurait chaque année une assemblée synodale.
II. — C'est en exécution de ce décret que fut tenu, en 743, le concile de Leptines. Celui-ci eut lieu en Belgique, car Leptines, Lestinœ ou Leftinœy est Tendroit qu'on appelle aujourd'hui les Estinnes, situé à une lieue de Binche, dans la province du Hainaut. Il y a là deux communes, Estinnes-Hautes et Estinnes- Basses, ou Estinnes-au-Val et Estinnes-au-Mont. Cette dernière est traversée par la voie romaine qui conduisait de Bavai à Tongres. On y voit encore quelques vestiges d'un château carolingien. L'emplacement de l'ancien palais est indiqué par quelc^ues •débris de murs qui se voient dans une ruelle dite du roi Pépin, près du ruisseau des Estinnes. Les substructions de l'édifice royal dépendent aujourd'hui d'une ferme qui a conservé le nom de Cour de Pépin *,
Nous n'avons pas le texte entier des résolulious prises par le concile de Leptines. Elles sont mentionnées dans le capitulaire deCarloman, deTaii 743, et résumées en quatre articles 2. Le premier constate
* Recherches sur la résidence des rois francs aux Estinnes, par Tli Jophile Lejeune. Anvers, 1857.
* Balaz, t. I, col. 149, et suiv.
d'abord que les décrets du concile, de 742, ont été confirmés par les évéques, les comtes et autres seigneurs réunis aux Estinnes, pendant les calendes de mars *. Il y est dit ensuite que les abbés et les moines ont reçu la règle de saint Benoit, afin de rétablir la pureté de la vie monastique. En troisième lieu, il y est ordonné que les clercs incontinents ou adultères, qui ont souillé les lieux saints ou les maisons religieuses, en seront éloignés et soumis à une pénitence ; que si, après cela, ils retombent dans la même faute, ils subiront les peines édictées par le synode précédent, c'est-à-dire la flagellation et l'emprisonnement; que cette disposition est applicable aux moines et aux nonnes *.
Il est donc bien vrai, comme nous l'avons déjà dit, que rien n'est moins propre à développer le sentiment religieux que ces communautés de célibataires de l'un ou de l'autre sexe, dans lesquelles le vice doit fatalement trouver accès. Le concile de Soissons, qui se réunit l'année suivante, c'est-à-dire en 744, non-seulement fut obligé de renouveler les défenses faites aux clercs, mais il dut prendre des dispo-
1 Modo autem in hoc synodali conventu, qui congregatus est ad Kalendas Manias in loco qui dicitur Liftiuas, omnes yenerabiles sacerdotes Dei et comités et prœfecti prioris synodi décréta consentientes firmayerunt.
* Abbates yerô et Monachl receperunt regulam Sancti patris Benedieti, ad restaurandam normam regularis vitœ. Fornicatores namque et adulteros dericos, qui sancta loca vel monasteria ante tenentes coinquinayerunt, prœcipimus Snde tollere et ad pœnitentiam redigere. Et si pos^ hanc definitionem in crimen fornicationis Tel adulterii ceciderlnt, prioris Synodi judicium sustineant. Similiter et Monachi et Nonnse.