LIVRE VU, CHAPITRE II
les Martel les avait interdites sous la même peine *• A cet article se rapporte un document extrêmement remarquable, qui porte le titre de Forma reHuntiationis diabolis et Indiculus superstitionum et paganiamm. Ce document contient deux choses bien distinctes, la formule d'abjuration et le catalogue des pratiques superstitieuses *. La première partie est particulièrement célèbre à cause du texte de Vabrenuntiatio et de la confessio. On a dit que ces actes étaient conçus en idiome anglo-saxon ; d'autres ont prétendu qu'ils étaient écrits en dialecte ripuaire ; mais à l'époque où ils furent rédigés, les dialectes germaniques n'étaient pas aussi différents entre eux qu'ils le sont aujourd'hui : ces textes étaient probablement intelligibles à tous les Germains, à ceux de la Frise, de la Thuringe et des pays saxons, comme à ceux de la Belgique. Ce langage se comprend encore facilement aujourd'hui dans la Flandre ; il offre avec le flamand moderne une si frappante analogie qu'on y reconnaît le type primitif de cette langue.
VIndiculus superstitionum et paganiarum est un des documents les plus précieux que l'on possède pour la connaissance de la religion d'Odin. Il a été utilisé par tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, notamment par J. Grim. Il n'est pas moins intéressant
> Decrevimus quoquc, quod et pater meus ante prœcipiebat, ut qui paganas obsenrationes in aliqua re fecerit, multetur et damnetur quindecim solidis. (c. 4.)
* L'un et l'autre se trouyent textueUement dans l'Histoire des Caroline giens, par Wamkoenig et Gérard.
SOUS un autre rapport. Son annexion aux décrets du concile de Leptines prouve que, malgré les édits des deux Childebert de 854 et 895, tous les anciens usages des païens étaient encore en vigueur dans les contrées germaniques du royaume. Le parti de la réaction a fait une guerre acharnée aux pratiques païennes ; celles de ces pratiques que ses proscriptions ont été impuissantes à supprimer, il les a appropriées au nouveau culte. C'est ainsi, par exemple, que l'usage de considérer certaines sources comme sacrées a été conservé, en attribuant à l'intervention d'un saint ou d'une sainte les vertus de leurs eaux. L'usage de promener des idoles dans les champs pour obtenir une moisson abondante, a été remplacé par les Rogations, pendant lesquelles on porte en procession des statues de saints. Grégoire de Tours raconte que saint Gai, étant entré dans un temple païen à Cologne, y trouva, parmi d'autres ex voto, des membres du corps humain sculptés en bois, que les malades faisaient suspendre à l'image du dieu dont ils invoquaient l'assistance ^ Cet usage existe encore aujourd'hui, les ex voto chrétiens sont nombreux dans certaines églises et chapelles, où l'on voit des mains, des pieds en argent ou en cire, suspendus autour de l'image d'une madone ou d'un saint. L'importance que le concile de Leptines parut attacher à la suppression de ces usages du paganisme
* Gregor. Turon., De vita Patrum, c. 6.