‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 37 sur 200 · LIVRE Vil, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Vil, CHAPITRE II

fait bien voir que les grands convertisseurs de cette époque ne s'occupaient guère que des formes exté* rieures du cuite ; ils ne travaillaient à détruire les superstitions anciennes que pour les remplacer par des superstitions nouvelles. Quant au christianisme proprement dit, il n'en est jamais fait mention dans leurs actes. A l'appui de cette observation nous pouvons citer une lettre adressée par saint Boniface au pape Zacharie, et dans laquelle on trouve ce passage fort significatif :

<c Ces hommes charnels, ces simples Allemans, ou Bavarois, ou Francs, s'ils voient faire à Rome quelqu'une des choses que nous défendons, croient que cela a été permis et autorisé par les prêtres et le tournent contre nous en dérision, et s'en prévalent pour le scandale de leur vie. Ainsi ils disent que chaque année, aux calendes de janvier, ils ont vu à Rome, et jour et nuit auprès de l'église, des dames parcourir les places publiques, selon la coutume des païens, et pousser des clameurs à leur façon, et chanter des chansons sacrilèges; et ce jour, disent-ils, et jusque dans la nuit, les tables sont chargées de mets, et personne ne voudrait prêter à son voisin ni feu, ni fer, ni quoi que ce soit de sa maison. Ils disent aussi qu'ils ont vu des femmes porter, attachés à leur jambe ou à leur bras, comme faisaient les païens, des phylactères et des bandelettes, et offrir toutes sortes de choses à acheter aux passants ; et toutes ces choses, vues ainsi par des hommes charnels et peu

instruits, sont un sujet de dérision et un obstacle à notre prédication et à' la foi... Si Votre Paternité interdit dans Rome les coutumes païennes, elle acquerra un grand mérite, et nous assurera un grand progrès dans la doctrine de l'Église ^ . »

Ainsi la doctrine de TÉglise, selon Boniface, consistait dans l'observation de certaines pratiques réputées religieuses, et son progrès dépendait de la suppression d'autres momeries. Ne sont-ce pas là des idées dignes d'un curé de village et qui n'ont aucun rapport avec le christianisme?

Au point de vue politique, le concile de Leptines et surtout le premier concile de Germanie, de l'an 742, doivent être considérés comme les gages de l'alliance des Carolingiens avec le Saint-Siège. Nous verrons bientôt qu'ils furent aussi les préliminaires de l'élévation de la famille des Pépins à la royauté ; mais pour ne pas anticiper sur les événements, nous devons d'abord reprendre le récit des faits qui suivirent la mort de Charles Martel.

III. — Quand le trône était vacant, les ducs d'Aquitaine et de Bavière aimaient à se regarder comme libres de tous liens à l'égard des Francs. De fait cependant ils avaient été obligés de se soumettre à la puissance de Charles Martel ; mais c'était une raison de plus pour qu'à la mort de celui-ci, ils voulussent se soustraire à un joug qu'ils avaient impatiem-

1 s. Bonifacii epist. ad Zaehar,, ap. Wardtwein, p. id2.

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