LIVRE VII, CHAPITRE III
ment porté. En s*alliant entre eux et en se soulevant simultanément, ils pouvaient espérer d'être plus forts que Carloman et Pépin, qui seraient obligés de diviser leur armée et qui ne seraient pas en état de les combattre l'un et l'autre avec succès. Mais les jeunes fils de Charles surent déjouer cette combinaison, en restant unis et en faisant agir toutes leurs forces à la fois sur chaque point menacé.
Ils eurent d'abord à combattre un ennemi intérieur, leur belle-mère Zwanehilde, irritée de ce que son fils Grifon n'avait pas obtenu dans la succession de Charles Martel une part au moins égale à celle de ses frères consanguins. Pour mieux s'assurer l'appui d'Odilon, son parent, qui venait de remplacer Hugbert dans le duché de Bavière, elle lui fit proposer d'épouser Hiltrude, sœur de Carloman et de Pépin ; d'autre part, elle eut assez d'influence sur cette princesse, à qui elle avait en quelque sorte servi de mère, pour la déterminer à quitter brusquement TAustrasie et à se rendre au château de Ratisbonne, où les noces étaient préparées. Les princes francs apprirent ensuite que leur sœur était devenue l'épouse du duc des Bavarois, sans qu'on les eût consultés sur ce mariage.
Zwanehilde, encouragée par le succès de cette intrigue, engagea son fils Grifon à lever ouvertement l'étendard de la révolte *. La citadelle de Laon
1 Grifo, qui ceteris minor natuerat, matrem habuit nomine Swanahildem, neptem Odilonis ducis Baioariorum. Hœc illum maligno consilio ad spem totius regni concitayit, in tantum ut sine dilatione Laudanum civita-
fut choisie pour être le quartier général du prétendant. Grifon et Zwanehilde s'y retranchèrent avec leurs partisans, mais la place fut bientôt investie et obligée de capituler ^. On enferma Zwanehilde au couvent de Chelles, et Grifon dans une forteresse appelée Novum Castellum, qui devait être le château d'Amblève ou celui de Chèvremont *.
Après avoir réprimé cette équipée, Carloman et Pépin se mirent en marche pour TAquitaine. Ce pays
tem occuparet ac bellum fratribus indiceret. (Einhardi Annales, ad ann. 744.)
1 Fraiici valde contristati sunt, quod per consilium mulieris improbss fuissent divisi, et a legitimis heredibus sejuncti. Consilioque inito, sumptis secum principibus Karlomanno et Pippino, ad capiendum Grifonem exercitum congregant. [Annales Mettemes, 744.)
* In Novo Cartello quod iuxta Arduennam situm est. (Einh. Annales^ 744.) «c En un neufchastel qui siet delez Ardone. » [Chron. de S, Denis, Bouquet, t. III, p. 343.) Il s'agit, comme Fon voit, d*un château situé près de TArdenne et non en Ardenne. C'est donc à tort qu'on a supposé que Grifon avait été enfermé à Neufchâteau dans le Luxembourg. Cette localité, qui se trouve voisine du château de Longlier, n'était pas connue à cette époque. Mais il y avait près de l'Ardenne, et par conséquent dans la situation indiquée par Éginhard, au moins un château, peut-être deux, qui portaient le nom de Novum Castellum, Ce nom fut longtemps celui du château de Chèvremont, qui, suivant l'auteur de la vie de sainte Begghe, avait été construit ou restauré par le gendre de Pépin de Landen. (Ghesquière, Acta SS. Belg, selecu, t. V, p. 443.) Il en est fait mention dans un diplôme de Charlemagne, de l'an 779 : Ecclesiœ sanctœ Mariœ Novo Castello constructœ, (Mir. Op, dipL, 1. 1, p. 496.) On trouve aussi au bas d'un diplôme du roi Lothaire, de l'an 862 : Aclum Novo Castro in pago Léochensi, (Martène, AmpL coltect., t. II, p. 27.) Un autre château, situé sur l'Amblève et qui parait avoir été construit au VIII« siècle, a aussi porté le nom de Novum Castellum, On rappelle aujourd'hui le château d'Amblève et l'on admire ses ruines imposantes ; mais il est certain que son nom de Novum Castellum lui resta longtemps, et qu'on l'appelait encore Neuf- Chastel au seizième siècle, lorsqu'il appartenait à la famille de La Marck.