LIVRE VU, CHAPITRE
n'était pas la moindre des conquêtes par lesquelles les Francs s'étaient illustrés. L'Aquitaine embrassait tout le territoire qui s'étend entre la Loire et la Garonne, et qui depuis forma la Guienne, la Saintonge, leBerri, le Poitou, le Bourbonnais, l'Auvergne et la partie orientale du Languedoc. Éloignés du foyer de la nation franque, les quelques guerriers qui s'étaient établis dans ces contrées avaient bientôt éprouvé le besoin d'indépendance qui était instinctif dans la race germanique. Déjà nous avons vu qu'à la mort de Pépin d'Herstal, le duc Eudon s'était déclaré indépendant. Allié au roi Chilperic II et au maire du palais Raghehfrid, il s'était fait battre avec eux par Charles Martel à Vincy. Le vainqueur l'avait néanmoins traité avec générosité, et plus tard, après la bataille de Poitiers, il l'avait encore rétabli dans son duché, qu'il n'avait pas su défendre contre les Sarrasins.
Eudon, en mourant, avait laissé le duché d'Aquitaine à l'un de ses fils, nommé Hunold ; lequel, après la mort de Charles Martel, se mit à la tête du parti neustrien contre les Francs d'Austrasie. On vit alors surgir, comme une apparition, dans l'histoire un nouveau roi mérovingien, sous le nom de Childeric III. Est-il vrai, comme on l'a pensé, que cette restauration temporaire fût l'œuvre des fils de Charles Martel, et qu'eux-mêmes, pour ôter tout prétexte de révolte aux ducs, jugèrent utile de ressusciter la dynastie mérovingienne? Les données historiques
sont insuffisantes pour résoudre cette question. Cependant, M. Kervyn de Lettenhove a exhumé un texte manuscrit du vni* ou ix* siècle, recueilli par Hugues de Fleury et dans lequel il est dit, au sujet de la Neustrie, qu'à la mort de Charles Martel le pouvoir y fut disputé par une foule de petits tyrans et que, pour mettre un terme à cette anarchie, les Francs tirèrent de son couvent un clerc appelé Daniel qu'ils élurent roi sous le nom de Childeric; que néanmoins la noblesse franque, autrefois si illustre, était tombée en pleine décadence, lorsque les fils de Charles Martel entreprirent de la relever et marchèrent avec une armée contre Hunold duc d'Aquitaine*.
C(3 récit n'est pas dépourvu de vraisemblance ; il explique d'une manière naturelle l'avéuement du roi Childeric III. Depuis l'an 737, il n'y avait plus de
^ Mortuo Karolo Martello, multi tiranni in Franciam dimergentes, potes ta tem regiam sibi usurpare presumebtnt. Propterea Fraaci a prato consilk) suo seducti quendam clericum nomine Daoielem regem sibi elegerunt : quem postea Hildericum cognomento noncapayerunt. In cujos ^empore nobilitas Francorum pro qua per totum mandnm Franc! exaltabantur, ad nichilum pervenit. Videns quoque Pippinus Karoli MarteUi filius regnum Francorum pro defectu Hilderici supradicti régis ad nichilum pervenire, in administratione regni patris sui manus yiriliter injecit. Dehiuc Pippinus et Karlomanus filii Karoli MarteUi contra Hunuldum Aquitanise ducem exercitum moyent, ceperuntque castrum quod Yocatur Lucas. In ipso itinere positi diviserunt sibi regnum Francorum.
Ce fragment se trouve dans un manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne, intitulé In Oestis Francorum, n« ^85, qui reproduit fidèlement d'anciens textes. M. Kervyn de Lettenhove Ta publié, avec une exceUente dissertation, dans les Bulletins de V Académie royale de Belgique,^* série, t. IV, p. 168.