LIVRE VII, CHAPITRE Yll
fit grâce à son frère et, au lieu de le punir, il lui donna pour apanage la ville du Mans avec douze comtés. Cet acte de générosité ne suffisait pas pour calmer l'humeur aventureuse de Grifon. Il s'enfuit auprès de Waifre, duc d'Aquitaine, et puis traversa la Bourgogne pour passer en Italie. Eginliard raconte que le roi Pépin revenait de la Saxe en 783, lorsqu'on lui annonça que son frère Grifon avait péri ; il apprit en même temps qui était l'auteur de sa mort et quelles en étaient les circonstances ^ Grifon, fuyant chez les Lombards, avait été tué, près de Saint-Jean-de-Maurienne, dans un combat contre Thédouin, comte de Vienne, et Frédéric, comte de la Bourgogne transjurane.
VII. — Nous venons de parler du roi Pépin : c'est qu'en effet Pépin supprima définitivement, en 752, la^ royauté fictive des Mérovingiens et monta luimême sur le trône. La facilité avec laquelle s'accomplit cette révolution s'explique par la connivence du pape qui, dans l'abandon où l'avait laissé l'empereur de Constantinople, avait besoin de l'appui de Pépin contre le roi des Lombards. Après la mort du roi Luitprand, en742,Rachis son successeur, rompant le traité conclu avec le saint-père , menaça les Romains de nouvelles hostilités. Le pape Zacharie fut assez heureux pour détourner encore cet orage. Rachis vint à Rome avec sa femme et ses enfants ;
> Revertenti vero régi de Saxonia nuntius venit de morte fratris sui Orifonis, et a quo vel qualiter fuisset interfectus. (Ëinh. Annales, 753.)
n HISTOIRE DES FRANXS D'AUSTRÂSIE.
cédant aux conseils du pape , il consentit à se faire moine et entra dans un monastère. Ceci se passait en 749. Mais Aistolfe succéda à Rachis, son frère, et la situation devint de plus en plus critique. Le nouveau roi des Lombards se rendit maître de Ravenne, de la Pentapole et de tout l'Exarchat ^
Ce fut dans ces circonstances que le pape reçut de Pépin la proposition indirecte de transférer sur sa tête la couronne des Mérovingiens. Voici comment le fait est rapporté dans ce qu'on appelle les sources historiques.
Suivant les annales de Lorsch, Burchard, évéque de Wurzbourg, et Fulrad, chapelain (sans doute de Pépin), furent envoyés au pape Zacharie, pour le consulter au sujet des princes qui, en France (in Francia), portaient le nom de rois, sans jouir en rien de l'autorité royale. Le pape était prié de décider lequel devait légitimement être et se nommer roi, de celui qui demeurait sans inquiétude et sans péril en son palais, ou de celui qui supportait le soin de tout le royaume et les soucis de toutes choses. Zacharie les chargea de répondre à Pépin qu'il valait mieux donner le titre de roi à celui qui exerçait réellement la puissance souveraine ; et pour que l'ordre ne fut point troublé, il ordonna (jussit), en vertu de son
1 Les cinq villes de la Pentapole étaient Rimini, Pesaro, Fano, Sinigaglia et Ancône. Les Tilles principales de l'Exarchat étaient Ravenne Adria, Ferrare, Imola, Faenza, Forli.