LIVRE VII, CHAPITRE VIII
depuis longtemps. Le moment semblait être venu de ranger la péninsule entière sous ses lois, en s'emparant de Rome et du vaste territoire que les Grecs possédaient naguère entre l'Adriatique et la mer de Toscane. Mais Zacharie, qui en avait la garde était uni de trop près et par un service trop signalé au redoutable prince qui gouvernait alors les Francs, pour qu'il parût sage de l'attaquer. Etienne II, son successeur, n'avait pas les mêmes titres à la reconnaissance de Pépin. On crut pouvoir l'écraser impunément, et trois mois après son exaltation (752), les Lombards étaient aux portes de Rome. Le pape eut recours aux prières ; il se souvenait que celles de son prédécesseur avaient réussi auprès de Racbis, dans une circonstance analogue, et avaient déterminé le roi barbare à aller finir sa vie dans un couvent. Mais Aistolfe était à l'abri de pareille faiblesse, et le pape, n'espérant rien de ce côté, se tourna vers les Grecs ^.
Etienne II s'adressa donc à la cour de Gonstantinople. Constantin Copronyme, qui avait succédé au trône et aux opinions iconoclastes de son père Léon, était moins disposé que tout autre à intervenir en cette affaire. Il se contenta d'envoyer Jean Silentiaire vers Aistolfe, avec un message équivoque et qui ne changea rien aux résolutions du roi lombard. A une seconde ambassade du pape, il répondit
' Lehuërou, Histoire des institutions carolingiennes, t. II, p. 334.
qu'il lui conseillait d'aller lui-même régler son différend avec Aistolfe à Pavie. Etienne s'y résigna, mais après avoir écrit au roi des Francs ce qui se passait en Italie. Le pape et les envoyés de Pépin se rencontrèrent à la cour du roi lombard. Aistolfe fut inflexible aux menaces comme aux prières. Il comptait sur l'impuissance et la lâcheté des Grecs, de même que sur la prudonce qui défendait à Pépin de quitter ses États à une époque si voisine de la révolution qui l'avait élevé sur le pavois. Etienne résolut alors de passer lui-même en France. Le roi essaya de l'en détourner, sans oser le retenir; et le pape, après une course laborieuse dans les montagnes, arriva avec quelques prêtres au monastère de Saint-Maurice *. De là il se rendit à la villa royale de Ponthion, où se trouvait Pépin. Il se jeta aux genoux du roi et le supplia de le délivrer des Lombards, le peuple le plus barbare, disait-il, et le plus cruel *. Pépin le reçut avec de telles démonstrations de respect qu'il ne douta point qu'il eût trouvé un sauveur. C'est à cette occasion qu'une alliance fut conclue entre le pape et le roi des Francs, alliance qui eut pour résultats, d'une part, de conférer au trône des Carolingiens la sanction religieuse, de l'autre, de transformer la papauté en souveraineté territoriale. Le 28 juillet 784, Etienne II consacra solennelle-
1 Lehuerou, Histoire des institutions carolingiennes, t. II, p. 335. * In terram prostratus, dit la chronique de Moissiac, à Tannée 754, Pertz, Monu m, Germ, histor,, 1. 1, p. 292.)