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LIVRE VI, CHAPITRE IIl

moine de l'abbaye de Saint-Laurent, nommé Renier ^, saint Lambert s'était attiré la haine d'Alpaide par les remontrances qu'il ne cessait d'adresser à Pépin, au sujet de l'immoralité de sa liaison avec cette femme ; il avait blessé vivement Pépin lui-même par un affront fait en sa présence à celle qu'il aimait; sa mort, sollicitée par Alpaïde, fut résolue par Pépin et exécutée par Dodon, frère d'Alpaïde. Mais le plus ancien auteur de la vie de saint Lambert, Godeschalk, diacre de l'église de Liège au huitième siècle, assigne à la mort de l'évéque un motif tout différent et beaucoup plus vraisemblable : elle aurait eu pour cause un débat élevé au sujet des propriétés de l'église de Liège. Les adversaires de saint Lambert dans ce débat étaient deux seigneurs voisins, deux frères appelés Gallus et Riolde. Dans une rencontre entre eux et les gens de l'évéque, ceux-ci eurent la mauvaise chance de les tuer l'un et l'autre. Dodon, qui était leur parent, jura de se venger de ce meurtre sur la personne même de Lambert. Aussitôt il assemble ses gens, fait investir l'habitation de l'évéque, où il rencontre une vive résistance ; enfin la place est envahie, un combat s'engage et Lambert tombe au milieu des siens ^.

IIL — Le double mariage de Pépin fut, au moment de sa mort, une cause de difficultés graves. Lorsqu'il

» ChapeauYille, /. c.

* Godeschalci, diac. et can. Leod. c. 7, ap. GhapeauYille, Gesta, Pontif, Tungr, et Leod,, 1. 1, p. 335.

n HISTOIRE DES FRANCS D'AUSTRASIE.

tomba malade en 714, déjà son fils aîné, Drogon, n'existait plus ; il était décédé, les uns disent sans enfants, les autres, en laissant quatre fils peut-être bâtards. Lorsque Pépin d'Herstal se crut en danger de mort, il fit appeler Grimoald, le maire du palais de Neustrie; mais celui-ci fut assassiné en arrivant à Liège. Suivant les annales de Metz, il était entré dans la basilique de Saint-Lambert, où il priait pour l'auteur de ses jours, lorsqu'il tomba sous les coups d'un agent de Radbod *. Pépin fut très-irrité du meurtre de son fils, et reportant son affection sur l'enfant de celui-ci,il éleva Théobaldou Theudoald,qui n'était âgé que de six ans, à la dignité de maire du palais de Neustrie. Les fils de Drogon avaient reçu des apanages : Arnould était duc de Bourgogne ; Pépin avait le duché de Metz, Godefroid, le duché de Champagne ; Hugues était entré dans les ordres sacrés *.

D'après un récit inséré dans la vie de saint Suitbert et attribué à Marcellinus, écrivain contemporain,

1 Anno ab incarnatione Domini 714 segrotante Pippino in Jopila yilla publica, quœ sita est super fluvium Mosam, cum ad visitandum eum Grimoaldus filius ejus properaret, et ad orationem in basilica sancti Lantberti martyris processisset, et diutius in oratione pronus persisteret, a nequissimo yiro, nomine Rantgario, gladio percussus, occubuit. Pippinus vero princeps de infirmitate convalescens, omnes qui in illo consilio fuerant, justa ultione interemit, in locumque Grimoaldi filium ejus parvulum ex concubina natum, nomine Theobaldum, majorem domus cum Dagoberto rege constituit. {Annales Metteuses, ann. 7i4 ; ap. Pertz, Monum, Germ. hist,, 1. 1, p. 322.)

* Huguenin, Histoire du, royaume mérovingien d'Austrasie, p. 514.

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