‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 6 sur 200 · LIVRE VI, CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE UI

lorsque la maladie de Pépin fut connue, un certain parti, probablement celui de FÉglise, députa Suitbert auprès de Plectrude, qui habitait Cologne. Cette princesse lui adjoignit Tévêque Agilulphe et les envoya tous deux à Jupille, pour engager Pépin à laisser ses États à son petit-fils Théobald. L*auteur ajoute que cette proposition fut rejetée par Pépin, auprès duquel se trouvait Alpaïde, et qu'il désigna pour son successeur le fils de sa seconde femme, Charles Martel ^. Bollandus regarde ce récit comme apocryphe et l'attribue à un imposteur qui se serait donné le nom de saint Marcellin^. Le continuateur de Frédegaire ne s'explique pas clairement : après avoir dit que Théobald fut nommé maire du palais de Neustrie, en remplacement de son père, il parle de la mort de Pépin, désigne Charles Martel comme son successeur et puis semble dire que Plectrude gouverna le pays avec le concours et suivant les conseils de Charles 5, ce qui est contradictoire à ce qu'il rapporte ensuite de la séquestration de celui-ci. Les annales de Metz ne sont pas plus explicites : elles se bornent à dire que Pépin mourut à Jupille, le 16 décembre 714, laissant un fils du nom de Charles *.

1 Acta Sancti Suitberti, c. 25.

« Acta SS. Belg, sélect,, t. V, p. 349.

* Reliquit superstitem Garolum filium. Post obitum quoque ejus Plectrudis matrona prœfata suo consilio atque regimine cuncta agebat. (Fredeg. cont., c. 104.)

^ Eodem quoque anno Pippinus princeps iterum molestia corporali correptus, circumsitis gentibus Francorum dominationi subactis, in pace

16 HISTOIRE Dî-S FRANCS DAUSTRASIE.

Ce qui se passa au lit de mort de Pépin est peu connu. Rien n'empêche de croire que la version du prétendu saint Marcellin est conforme à la vérité. Il paraît que Théobald était le candidat de l'Église ; mais Charles Martel était celui des Francs ; seul d'ailleurs celui-ci était capable de prendre dignement la place de son père ; il est donc rationnel de penser que Pépin le désigna pour son successeur. Mais Plectrude ne l'entendait pas ainsi : tutrice de son petit-fils Théobald, elle voulait faire gouverner le royaume par cet enfant, ou plutôt le gouverner elle-même sous son nom et celui de Dagobert III qui était à peine adolescent ^ . Elle avait chargé ses partisans de s'emparer de la personne de Charles Martel: dès que Pépin eut fermé les yeux, ils l'amenèrent à Cologne, où il fut mis en lieu de sûreté *.

obiit 17 ka]. januar. Rexit autem populum Francorum annis 27 et mensibus sex, reliquitque superstitem filium, nomine Karolum. {Annales Mettenses, ann. 714.)

1 Ipsa Yero Plectrudis, dum nepoti suo Theobaldo favere desiderat, Karolum a légitima paterni imperii gubernatione prohibebat, ipsaque cum infantulo muliebri consilio tanti regni habenas tractare pnesumebat. [Annales Mettenses, ad. ann. 716.)

* Defuncto autem Pippino, maxima conturbatio orta est in gente Francorum ; nam majores natu filii ejus, Drogo et Grimoaldus, ipso vivente vitœ discesserant, Theobaldus yero, Grimoaldi ex concubina filius, adhuc puer erat, qui etsi patri in principatu successerat, minime tantum regnum digne gubernare prsevalebat; Karolus yero, quem solum pater dignum hœredem tantœ potestatis superstitem reliquerat, novercales insidias graviter tolerabat. Plectrudis etenim, relicta Pippini Tidua, incomparabili odio contra Karolum succensa, custodia eum publica observari jubet. {Ibidem, ann. 714.)

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