‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 51 sur 200 · LIVRE VII, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE VIII

ce titre par la même raison. On a donc pu supposer que Grégoire III avait entendu attacher le même sens au patriciat décerné par lui à Charles Martel. II est vrai que l'empereur de Constantinople avait seul le droit de conférer cette dignité, qui donnait rang dans l'empire ; mais le pape était en pleine insurrection contre l'empereur, puisqu'il offrait de renoncer à l'allégeance de l'empire pour se mettre sous la protection des Francs. Il était d'ailleurs censé agir au nom du peuple romain.

Cependant il est peu vraisemblable que les Francs aient considéré le titre de patrice, décerné par Grégoire III à leur prince, comme donnant à celui-ci des droits sur le gouvernement de Rome. Charles Martel semble même y avoir attaché assez peu d'importance. On doit supposer, d'après cela, que le pape Etienne II, qui conféra le même titre à Pépin et à ses fils, en 784, n'y attacha d'autre signification que celle qui pouvait lui être utile ; c'est-à-dire qu'il considéra ce titre comme équivalent à celui de protecteur, defemor ^, de l'église de saint Pierre. Il voulut sans doute imposer à ces princes une charge analogue à celle qu'eurent dans la Gaule les avoués (advocati) des églises pontificales et des monastères.

^ dans une lettre adressée à Pépin, le Sénat et le peuple de Rome appellent le pape leur dominus et le roi Pépin le defensor de TÉglise romaine. {Codex Carolinus, n« iS.) Gharlemagne prenait souvent dans ses diplômes le titre de Patricius Romanorum, defensor Ecclesiœ.

IX. — La conduite du pape Etienne a été diversement appréciée ; personne n'a pu dire qu'elle fût malhabile, car elle ne tarda point à porter des fruits heureux pour le saint-siége. Pépin envoya de nouveaux ambassadeurs à Aistolfe; ils ne réussirent pas mieux que les précédents. Dès lors il ne restait plus d'autre moyen de persuasion que la guerre. On s'en occupait, lorsqu'on vit arriver Garloman, frère aîné du roi, qui s'était fait moine au couvent du Mont-Cassin. Il venait par ordre de son abbé, pour combattre auprès de son frère les sollicitations du pape. « On pense cependant, dit Éginhard, qu'il ne le fit qu'à regret, car il n'osait pas mépriser la volonté de son abbé, et d'autre part, son abbé n'avait pu résister aux ordres du roi des Lombards qui lui avait prescrit cette démarche ^. » Au reste l'intervention de Carloman fut sans influence sur la conduite du roi.

Au champ de mars tenu à Braine en 754, Pépin annonça à ses leudes qu'il avait l'intention de faire une campagne contre les Lombards. Il paraît que cette annonce fut assez mal accueillie : Suivant Éginhard, les principaux d'entre les Francs, que Pépin était dans l'usage de consulter, résistèrent

1 Venit et Karlomannus frater régis, jam monachus factus, jussu abbatis sui, ut apud fratrem suum precibus romani pontificis obsisteret; inyitus tamen hoc fiecisse putatur, quia nec ille abbatis jussa contempnere, nec abbas ille prœceptis régis Langobardorum, qui ei hoc imperayit, audebat resistere. (Einh., Annales, 753.)

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