LIVRE VU, CHAPITRE IX
à sa volonté, au point de déclarer hautement qu'ils l'abandonneraient et retourneraient chez eux *. Néanmoins l'expédition eut lieu Tannée suivante. Pépin entre en Italie avec une puissante armée ; il ne rencontre de résistance que dans les défilés des Alpes, où il est obligé de livrer plusieurs combats. Après avoir renversé cet obstacle, il va assiéger Aistolfe dans Pavie. Cette campagne fut de courte durée, mais elle eut des résultats assez importants. Aistolfe vaincu s'engagea à rendre les places et châteaux qu'il avait pris, et Pépin, au lieu de les restituer à l'empereur de Constantinople, en fit donation au pape, qui fut ainsi constitué maître et seigneur d'un territoire étendu et d'un grand nombre de villes. Après cela. Pépin le renvoya à Rome avec son chapelain Fulrad et un corps de Francs assez considérable *.
Cependant Aistolfe, bien qu'il eût donné des otages et qu'il se fût engagé par serment, ainsi que les grands de son royaume, à restituer ce qu'il avait enlevé à l'Église romaine, ne remplit aucun de ses engagements. Pépin fut donc vivement sollicité par Etienne de retourner en Italie. Il nous est resté plusieurs lettres adressées par le pape, à cette occasion,
* ... Quidam e primoribus Francorum cum quibus consultare solebat, adeo voluntati ejus renisi sunt, ut se regem deserturos domumque redituros, libéra voce proclamarent. (Einh., Vita Karoli imper., c. VI.)
* Et Stephanum papam cum Folrado presbytero capellano et non minima Francorum manu Romam remisit. (Ëinh., Annales, 755.)
à Pépin et à ses fils Charles et Garloman. Dans une de ces lettres il disait : « Ce que vous avez promis en donation à saint Pierre, vous devez le lui livrer. Considérez quel créancier redoutable est saint Pierre, le portier des cieux, le prince des apôtres ! Hâtez-vous donc de lui livrer tout ce que vous lui avez promis en don, si vous ne voulez demeurer condamnés dans la vie à venir, et pleurer dans l'éternité.. . Car, sachez-le bien, l'acte chirographique de votre donation a été reçu par le prince des apôtres, qui le tient fortement dans sa main. Aussi est-il nécessaire que vous en remplissiez toutes les conditions ; autrement il le montrera dans le jugement dernier, lorsque le juste juge viendra, au travers des feux, juger les vivants, les morts et le siècle *. »
Le pape Etienne ne se borna point à cette grossière mystification ; il alla beaucoup plus loin : on a conservé le texte d'une lettre prétendûqaent écrite par saint Pierre lui-même et transmise à Pépin par son soi-disant successeur. Des historiens favorables à la papauté ont voulu jeter du doute sur cette supercherie ; ils ont représenté la lettre écrite au nom de saint Pierre comme une prosopopée, une figure de rhétorique de mauvais goût; mais les auteurs les plus récents ne sont pas de cet avis ' ; il est difficile en effet de l'admettre en présence du texte parfaite-
1 Codex Carolinus, epist,, 9, p. 4^.
* GregorOYius, Geschichte der stadt Rom m Uittelalter, 4850, t. H, p. 315.